Elève de RODIN, Marie Natalie Charlotte Hélène Mouillesaux de Bernières devint une sculptrice réputée sous le nom de Marie BERNIERES-HENRAUX.
Rodin a-t-il rencontré les Sancholle-Henraux en Toscane lors de son voyage sur les pas de Michel Ange ?
Un dossier transmis par le Musée Rodin 25/04/2016 nous indique que Marie se lança dans la sculpture en 1905. Une correspondance avec le musée permet de dire que le dossier « Bernières Henraux » comprend 111 documents qui concernent la correspondance de Rodin avec son mari probablement au sujet des commandes et livraisons.
Ses sculptures
Ventes publiques
vente en 2019 de ‘L ‘enlèvement » surtout de table, argent à la cire perdue.
le 21 novembre 2019 Sophie Reyssat écrit un article sur cette vente dans la « Gazette Drouot.
en voici la teneur
Musée de Tours
Autoportrait Bronze doré don de l’artiste en 1932
Musée de Toulouse
« Méduse »
Musée de Périgueux
La Comédienne bronze don de l’artiste en 1938
En 2017 le Musée d’Art et d’Archéologie du Périgord, le MAAP a présenté une exposition dédiée aux sculptrices en Périgord. On y trouva le buste « la Comédienne ».
Un article de Véronique Merlin Anglade ,Conservatrice en chef directrice du MAAP paru dans le n°21 de l’hebdomadaire « Famosa » nous donne une description du style de Marie Bernières-Henraux.
« Dans ce travail on trouve des oppositions de traitement de matière chères à Rodin, comme dans « La penséee », exécutée en 1895 (coll du Musée d’Orsay). Le visage lisse, penché, rêveur de Camille Claudel, son modèle, émerge du bloc de marbre non dégrossi.
Dans « la Comédienne », c’est le traitement du buste qui joue le rôle du bloc de marbre. Le traitement du visage, penché, rieur, d’une pensée intériorisée, donne alors tout son charme et toute sa séduction à l’actrice face au spectateur que nous sommes.
Trois autres sculptures sont présentes dans les collections publiques,…..une tête de « Méduse » travaillée dans le même esprit que « la Comédienne » et le portrait de son second mari, Monsieur Gaillard-Lacombe, daté de 1927. Son style s’est alors modernisé et se rapproche du travail épuré de l’époque. Pas de buste, juste le cou et la tête, l’homme est sérieux, recueilli, sans emphase.«
Vous trouverez l’article qui lui est consacré, dans son intégralité, à la fin de ce travail.
Tête de jeune fille marbre blanc (don de Mme Lachèze au MAAP le 20/01/2021)
Œuvre traitée dans le style du portrait de son mari.
Ses expositions
Articles de revues
L’Art et les artistes n° 152 1911
L’Art et les artistes n°39 juillet 1923
Sous certaines de ses œuvres vous pouvez lire : bronze à la cire perdue et on trouve même argent à la cire perdue pour « l’enlèvement »
Cette technique qui date de l’âge du bronze est utilisée pour créer des pièces uniques, ou de précision
explication simplifiée d’après Internet
1) On fabrique la sculpture en cire. On y ajoute des petits cônes en cire, comme des entonnoirs qui permettront l’alimentation en bronze liquide et l’évacuation de la cire..
2) On recouvre avec le plus grand soin, le modèle et les cônes, de barbotine (argile liquide) dans leurs moindres détails car en séchant la barbotine conservera l’empreinte de la statue . De ce travail dépend la qualité de l’œuvre, il est donc particulièrement important.
Quand la barbotine est sèche, on applique une couche épaisse d’un mélange d’argile et de crottin, ou de bouses de vaches ou de fibres végétales, pour éviter que la terre ne se fendille pendant le séchage et la cuisson. On perce quelques trous pour laisser évacuer l’air quand on coulera le métal. De nos jours on utilise de l’élastomère pour fabriquer le moule et du plâtre ou de la résine pour la coque.
3) Une fois sec, le moule est placé près du feu, la cire fond et coule par un cône, elle n’est pas récupérable, on dit alors qu’ elle est « perdue ».
Le moule est ensuite cuit dans le feu pour éliminer complètement la cire et durcir.
4) Pendant ce temps on prépare le bronze (cuivre + étain).
5) On sort le moule du feu, on le cale pour qu’il tienne droit et on y verse le bronze liquide par un cône.
6) On laisse refroidir, le temps dépend de la grosseur de la pièce. On casse le moule en terre, ce qui fait que l’œuvre est unique. Les matériaux modernes peuvent être réutilisables et on peut avoir plusieurs exemplaires.
7) On scie soigneusement les petits cônes sans abimer la pièce, on ébarbe, on ponce et on polit.
Marie Bernières Henraux pendant la période 1914-1918
Pendant la guerre 14-18, Marie Bernières Henraux occupa un poste d’infirmière. On la voit ici, brassard au bras gauche, assise sur le rebord de la fenêtre. A droite de la photo on reconnait le Commandant Prieur dont elle exécutera le buste en Bronze qu’elle donnera au musée de Tours en 1932.
C’est à cette période qu’elle écrivit et publia un recueil de 5 nouvelles, « cinq rêves » écrit-elle dans une dédicace. Elle lui donna le titre de la dernière nouvelle du recueil « ‘Eridan « .
Deux nouvelles sont datées de 1918 et traitent de la guerre : « les canons et « la bombe ». Dans « le buste » elle traite de son travail de sculptrice et on peut, peut-être, y trouver une allusion à Camille Claudel …
Je possède l’exemplaire n°18 de la collection la plus simple -100 exemplaires de 24 cm X 18 cm tous numérotés.
Il existe un autre tirage avec une reliure plein maroquin cerise dont un exemplaire mis en vente en 2010 était estimé entre 70 et 100€.
Du 2 décembre 2016 au 27 février 2017 le Musée d’Art et d’Archéologie du Périgord, MAAP, organise une exposition intitulée « Sculptrices en Périgord 1876-2016/ 100 ans d’art au féminin.
Diaporama réalisé avec les photos des différentes revues et des photos personnelles.
Edouard Vuillard 1868-1940, » Marie Bernières Henraux dans son salon »
Edouard Vuillard : peintre, dessinateur, graveur, illustrateur français, est un spécialiste des scènes d’intérieur intimistes. Ce tableau, une huile peinte en 1935 en est un magnifique exemple.
En 1920 il a peint un pastel intitulé « Madame Henraux », rien ne permet de reconnaitre Marie Bernières Henraux…..Il s’agit peut-être d’une épouse d’un des trois frères de son mari.
En 1805 Napoléon avait nommé sa sœur Elisa Bonaparte Bacciochi Princesse de Lucques. En 1806 Carrare fut rattaché à ses possessions. En 1809 Elisa devint Grande Duchesse de Toscane jusqu’en 1814. C’est elle qui donna son essor à Carrare, elle y établit une académie des Beaux-Arts destinée à accueillir les plus grands sculpteurs, et elle fit de Carrare un exportateur de marbres excellents.
Jean Baptiste Alexandre Henraux
Jean Baptiste Alexandre Henraux est né à Sedan en 1775, de Jean Baptiste Henraux et de Catherine Jacquillon. Sa fratrie se compose d’une sœur et d’un frère Jean Baptiste Xavier °1778 à Sedan.
Il servit dans l’armée de Napoléon et apprécia particulièrement l’Italie.
Négociant à Paris, on lui proposa de superviser l’achat des marbres blancs de carrare pour les monuments français dès 1801. Il n’hésita pas.
C’est ainsi qu’il fut reçu à la cour de la Grande Duchesse.
Paul Marmottant, dans son livre « Les arts en Toscane sous Napoléon, la Princesse Elisa », nous permet d’en savoir plus sur ce personnage et ses démêlés avec l’entourage proche d’Elisa et de Napoléon, notamment avec Hector Sonolet « un Français au demeurant très honnête homme, mais très défiant, très formaliste et susceptible, surtout très dévoué à la Princesse« . H Sonolet soupçonnait J B A Henraux d’être malhonnête. Il semblerait que par jalousie, il voulut lui faire enlever le transport des marbres d’ Avenza à Paris.
La triste fin de l’Empire arrangea- t-elle la situation de J B A Henraux ?
Toujours est-il qu’il conserva ses fonctions de commissaire pour l’acquisition et le transport des marbres sous Louis XVIII (Roi de France du 06/06/ 1814 au 20/03/1815 puis du 08/07/1815 au †16/09/1824). C’est lui qui envoya à Paris les blocs nécessaires pour les statues élevées à cette époque.
Associé avec Marco Borrini, Jean Baptiste Alexandre Henraux, ayant acquis une certaine fortune, signe avec lui en 1821, un contrat créant « la Société Borrini-Henraux » pour l’exploitation des marbres de Carrare du « Monte Altissimo ». Il se fixa à Séravezza
Le Monte Altissimo
Extrait de l’Album de▶▶▶Salomon Counisoffert à Jean Bernard Sancholle-Henraux -Archives privées
La montagne dite « Il bambini di Michelangelo »
Extrait de l’Album de Salomon Counis offert à Jean Bernard Sancholle-Henraux
Des deux hommes, seul Henraux tira les marrons du feu car la vie dépensière que mena Borrini le conduisit à la ruine.
En 1839, resté célibataire, il fait de son neveu Jean Bernard Sancholle, fils de sa sœur Anne Narcisse et de Jean Antoine Sancholle, né le 25 mars 1814 à Caujac (Haute Garonne), ingénieur civil, son légataire universel. Il devient alors Jean-Bernard Sancholle Henraux. L’acte de naissance fourni par la ville de Caujac, Haute-Garonne, ne porte pas la mention marginale d’adoption précisée dans son acte de décès.
Napoléon avait chassé les souverains légitimes du Grand-Duché au profit de sa sœur. Le Grand-duché renaît avec Léopold II (1797-1870) de la maison des Habsbourg Lorraine. Il y eut une vague d’anoblissements pour récompenser les personnes qui avaient favorisé la réussite économique de la Toscane. C’est ainsi que J B A Henraux fut anobli à titre héréditaire, le 17 juillet 1842 « pour avoir étendu l’industrie du marbre, pour le plus grand bien de la Toscane. »
Jean Baptiste Alexandre mourut le 26 avril 1843. Il est enterré à Seravezza dans la chapelle Henraux du Duomo, où on peut voir son buste en marbre blanc .
Dans les dernières pages de son livre « Les arts en Toscane sous Napoléon. La Princesse Elisa » Paul Marmottan ajoute une notte sur J B A Henraux, la voici.
Jean Bernard Sancholle-Henraux
Jean Bernard constitua la société « Bernardo Sancholle Henraux et Compagnie » avec le soutien d’un financier français.
En 1844 il obtient l’adjudication des marbres du tombeau de Napoléon qui sera terminé en 1861.
Dans le « bulletin de l’alliance des arts » de 1844 dans « nouvelles et faits divers « p165, on peut lire :
« L’adjudication de la fourniture de tous les marbres nécessaires pour le tombeau de l’Empereur Napoléon a eu lieu au Ministère de l’intérieur en présence de la commission instituée à cet effet, et présidée par Monsieur Passy sous-secrétaire d’Etat. La soumission de monsieur Sancholle-Henraux a été acceptée. Monsieur Sancholle-Henraux possède de belles carrières de marbre d‘ Italie, et depuis plus de 20 ans la fourniture des marbres des gouvernements lui est pour ainsi dire inféodée, nous aurions voulu que les marbres des Pyrénées fussent employés, du moins en concurrence avec ceux de Carrare, pour le tombeau de l’Empereur. Répétons le gouvernement doit encourager l’exploitation des carrières de marbre que possède la France, il y aurait là économie et intérêt national. »
Elisa Counis fit son portrait à la mine de plomb en 1844.
Le 27/01/1847 à Paris, il épouse Marie LENFUME de LIGNIERES
Il partagea son temps entre Seravezza et le château de la Chute à Chanceaux sur Choisille en Indre et Loire. Sur lestranscriptions d’actes de naissance de ses petits enfants, Marguerite, Lucien, Albert ,on peut lire qu’il est, Maire de la Commune, Chevalier de la Légion d’Honneur (ndlr décret du 12/08/1853), de Saint-Maurice et de Saint-Lazare d’Italie (17 février 1855). Pour la transcription de Maxime il n’est plus Maire ; il est décédé.
Transcriptions d’actes de naissance, pourquoi? Les petits enfants sont nés en Italie.
I
Château de la Chute à Chanceaux sur Choisille
En 1846 la société devint « Société du Mont Altissimo », elle prospéra et Jean Bernard devint l’unique propriétaire. Il acheta la carrière Versilia et tout le Mont Altissimo, là où Michel -Ange avait découvert en 1517 un vaste gisement de marbre destiné à la statuaire.
Jean Bernard introduisit les innovations technologiques les plus pointues, permettant ainsi une augmentation considérable de la production. Le 28 avril 1881 Jean Bernard meurt à Florence. Il sera inhumé le 18 juin 1881 dans sa ville de naissance en Haute Garonne. Ses enfants Roger et Marguerite (mariée à Lucien Delattre) prennent la tête de la société qui devient « Héritiers Sancholle Henraux ».
Héritiers Sancholle-Henraux
Roger (X Maria del Carme PLACCI) se partagera entre le Château de la Chute, Seravezza et la via Magenta à Florence. On trouve également Marguerite et son mari à Chanceaux sur Choisille, à Seravezza et à Paris.
Le couple Roger et Maria Sancholle Henraux aura 5 enfants
Jean Bernard 1874/1931 à Chanceaux sur Choisille (Indre et Loire),dont on reparlera
Marguerite °14/03/1876 à Florence (Italie)
Lucien °21/10/1877 à Florence (Italie)
industriel et collectionneur, passionné d’automobile, peintre
† 1926 Le Perreux sur Marne
X 20 avril 1914 à Florence (Italie) avec Elisabetta de PICCOLELLIS
Ils auront deux enfants Nicole °1919 et Jean Louis °1920
Albert °12 juin 1881 à Seravezza (Italie) dont on reparlera
Max Ruggiero °18 janvier 1886 à Seravezza (Italie)
Roger meurt le 17/07/ 1890 à l’âge de 38 ans, son faire-part de décès indique qu’ « après la cérémonie religieuse, son corps sera déposé dans les caveaux de l’église pour être transporté à Florence. ». Il laisse la gestion de la société à ses fils dont Jean-Bernard, qui deviendra en 1897 le premier époux de Marie Mouillesaux de Bernières.
C’est Lucien Delattre ( leur oncle) qui assure la direction, les enfants étant trop jeunes ( entre 16 et 4 ans).
Jean-Bernard Sancholle-Henraux époux de M N C H Mouillesaux de Bernières
A la mort de Lucien Delattre, la direction passe à Jean-Bernard qui suit les traces de son grand-père, apportant des améliorations considérables. La gestion familiale est maintenue jusqu’en 1921 puis tout se dégrada petit à petit.
Jean Bernard est l’auteur d’un livre « Les Marbres, pierres, grés, granits de France » édité chez Henri Allez à Cambrais (L’art et les artistes n°85 de 1928).
Jean-Bernard meurt le 29 mai 1931.
Les Sancholle-Henraux restants se retirent et la société devient en 1936 « Société desMarbres Italiens Henraux » puis en 1940 « Société des Marbres Italiens ».
En 1945 elle prit le nom de « Société Anonyme Sancholle Henraux », société par actions, au capital italien dirigée par les frères Cidonio.
Le célèbre magazine GEO dans son n°11 de janvier 1980, de la page 34 à la page55 présente un article intitulé « Carrare, Michel-Ange & Co ». Je vous conseille de le lire…..
Le jeudi 19 août à 7h05 sur ARTE, GEO reportage a présenté : « Toscane les carrières de marbre ». Guettezla rediffusion!!!!
Albert Sancholle-Henraux un des « Monuments Men »
X 21 janvier 1921 Paris 75008 avec Rosalie Renée Marie Marthe Louise SANCHEZ TOLEDO 1886/1955
XX 26 août 1947 Paris 75016 avec Julie Louise Marie DELAROCHE-VERNET
† 11 décembre 1953 Chanceaux sur Choisille, 37390.
Après avoir participé à la guerre de 1914/1918, il fait carrière dans les musées.
Diplômé de l’école des sciences politiques et célèbre amateur d’art il devient Président de la Société des Amis du Louvre de 1932 à 1953 et président du Conseil artistique de la Réunion des Musées Nationaux. De novembre 1944 à décembre1949 il a présidé la commission de récupération artistique chargée de rapatrier en France les œuvres d’art, objets d’art et objets précieux, livres, archives et manuscrits spoliés et sortis du territoire par les allemands durant l’occupation autrement dit, il est un membre important des « Monuments Men ». Il travaillera avec Jacques Jaujard et Rose Vallant dont il fut le supérieur hiérarchique.
La « Fondation Munuments Men » nous explique le rôle considérable qu’il a eu pendant la seconde guerre mondiale :
« En 1944 Henraux est élu président de la récupération artistique, le groupe le plus responsable des enquêtes sur les œuvres d’art volées en France par les nazis. Dans le cadre de ses fonctions Henraux a supervisé les activités des agents de restitution français travaillant sans relâche en Allemagne pour localiser, identifier et organiser le retour en France de dizaines de milliers d’objets d’art français. Henraux et la Commission ont sélectionné certains des chercheurs et conservateurs d’art les plus motivés pour cette tâche, y compris Rose Vallland et Hubert de Brye, officiers des Monuments. Henraux a ensuite occupé le poste de directeur du Point de collecte d’Art recevant au Jeu de Paume à Paris, le centre de traitement de tous les objets restitués par les points de collecte MFAA en Allemagne »
C’et lui qui organisa la première exposition de quelques chefs d’œuvre retrouvés, à l’Orangerie des Tuileries de juin à août 1946.
J’ai pu trouver un exemplaire du catalogue et voici le texte de présentation écrit par Albert Sancholle-Henraux.
Archives J Galinat
Albert Sancholle Henraux devint après la guerre conservateur du Musée Condé de Chantilly et président du Conseil des arts des Musées nationaux. Il mourut en 1953.
Les frères Sancholle Henraux et leurs épouses fréquentèrent Marcel Proust et rencontrèrent les impressionnistes à la galerie Durand- Ruel.
Il naquit le 26 mai 1848 à Varennes les Nevers, aujourd’hui Varennes-Vauzelles dans la Nièvre. Son père Jacques Philippe Mouillesaux était âgé de 35 ans et sa mère Louise Delphine Nathalie de la Rouvrages (on trouvera parfois de Rouvrayes) de 29 ans. L’acte de naissance porte la signature du père.
Il est inscrit sous le nom de Mouillesaux uniquement. C’est un jugement du tribunal civil de Versailles du 18 juillet 1874 qui l’autorisera à ajouter de Bernières.
On trouve à la Bibliothèque Nationale le détail suivant « La noblesse de France et lesanoblis de la République, liste complète des familles pourvues de noble parure par le Conseil d’Etat de 1870 à 1906 : … Mouillesaux de Bernières Jacques Auguste Charles, interprète attaché à l’administration des douanes impériales chinoises.»
Il figure dans l’Annuaire de la Noblesse dès 1875.
Il est « nommé Chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 14 décembre 1900, rendu sur le rapport du Ministre desAffaires Etrangères« , dossier disponible sur le site internet des Archives Nationales, base Léonore.
ll sera décoré le 21 mars 1901 par L.E. Bouillat, ancien Ministre Plénipotentiaire.
Les pages (extraites du dossier) qui vont suivre vous donneront le déroulement de sa carrière au service des Douanes.
Personnel étranger des Douanes impériales maritimes chinoises 1877 ou 1878. n° 6 Auguste Mouillesaux de Bernières
members.tip.net.au/~phodge/CIMC Photo Gallery.htm
Sur l’acte de mariage de sa fille avec J B Sancholle Henraux il est domicilié à Rochecorbon (Indre et Loire).
Il fut le propriétaire dans cette Commune du Château de Villeseptier de 1900 à son décés subit à Rochecorbon le 30 avril 1917. Dans son dossier de demande de la Légion d’Honneur, on trouve un document du 27 mars 1901 dans lequel au dessous de sa signature, il indique son adresse : « Château de Villeseptier »
Veuf depuis 1897, il contracte un second mariage. Son épouse Matie,née en 1849 à Paris, est recensée avec lui à Rochecorbon en 1911. Matie devenue veuve logera au « Grand Mauléon » à Rochecorbon, de 1924 à 1932/1933 environ.
Il est l’auteur de livres en chinois : Leçons progressives pour l’étude du Chinois parléet écrit, publié à Pékin en 1886 et Langue chinoise, petit guide de poche à l’usage desmaîtresses de maison. (Tours. Alfred Mame et fils)
Il fut un photographe amateur de talent, tout comme sa femme. Il prit de nombreuses photographies, souvent professionnelles. La plus grande partie de ses œuvres relatives à la Chine a été donnée par sa fille à la Société de Géographie en 1930.
Il est aussi un dessinateur et aquarelliste de grand talent. J’ai eu le privilège de pouvoir photographier une collection de dessins à la mine de plomb et des aquarelles que possédait une descendante d’un des héritiers de sa fille. Elle a vendu ces albums depuis.
Il signera ses oeuvres « amb », certaines seront datées et le lieu précisé.
Sur la couverture de son Album d’aquarelles, (23cmx18cm) on remarque une couronne de marquis. Ces aquarelles, il les a peintes lors de son séjour en Chine en 1879. Elles mesurent 9.5cm x 6.5cm et ce sont de petites merveilles.
Les dessins à la mine de plomb ainsi que quelques aquarelles les accompagnant, ont pratiquement tous 26cm x 20cm. Eux aussi sont souvent datés et portent les indications du lieu.
Il décède le 30 avril 1917 ses obsèques seront annoncées dans « le Figaro ».
C’est son gendre qui en informera le Grand Chancelier de la Légion d’Honneur par cette lettre. ci-dessous. Il indique les décorations reçues par A Mouillesaux de Bernières.
Dans son numéro 56 de 2006 voici comment la revue « Le Festin » annonce ce trésor!
et maintenant le voici :
un primitif italien du Trecento de Simone di Filippo, dit Simone de’ Crocefissi
Extrait du catalogue de l’exposition du musée des Beaux -Arts de Tours
Saint Geyrac concerné par une telle merveille ?
Marie Bernières- Henraux devenue par son second mariage Madame Gaillard-Lacombe meurt le 30 janvier 1964. Le 31 janvier, le Notaire ouvre le testament du 12 février 1958.
Les héritiers sont au nombre de 5, plus sa fille Simone qui, du fait de son handicap profond est représentée par un administrateur judiciaire.
Un des héritiers reçoit à la prisée du 28 avril 1964 dans l’appartement loué à Périgueux, tous les objets mobiliers, bijoux, argenterie, tableaux, effets nets de frais et de droits.
Y figure au « n° 156 un panneau couronnement de la vierge 1000f »
Toutes les revues indiquent que c’est Madame Gaillard-Lacombe qui en a fait don. Ce document tend à prouver que ce panneau est arrivé à Saint Front par l’intermédiaire d’un héritier.
Peu importe, il est allé entre de bonnes mains qui l’ont amené à être classé au titre des Monuments Historiques le 27 mars 2000.
Il fut exposé au Musée des Beaux Arts de Tours lors d’une exposition intitulée « Autour de Lorenzo Veneziano-Fragments de polyptyques vénitiens du XIVe siècle » du 22 octobre 2005 au 23 janvier 2006.
Il y est présenté ainsi :
Simone di Filippo, dit Simone de’ Crocefissi
Bologne. Actif à partir de 1355. Mort en 1399
Le couronnement de la vierge
Tempéra et or sur bois ( peuplier) ( ndlr -tempéra : le liant des pigments est une émulsion à base de jaune d’œuf)
H0.895m L 0.497m
Inscription Monuments Historiques le 27 mars 2000
Périgueux Cathédrale Saint Front.
La revue « Le Festin » n°56 nous donne quelques renseignements importants sur :
Simone de’Crocefissi
» Ce maître du Trecento (ndlr- XIVe siècle) est l’auteur d’un autre « couronnement de la vierge » analogue, aujourd’hui conservé en Italie dans une collection particulière, de Turin. S’il existe de nombreuses similitudes entre ces deux peintures caractéristiques d’une production en série de ce type d’œuvre, les variantes rencontrées, notamment dans la disposition des anges, montrent l’habileté du peintre à se répéter sans en donner l’impression. Marqué par une veine narrative et la puissance expressive de ses figures, son art revêt des influences vénitiennes comme la frise de chérubins peints dans un camaïeu de bleu. »
Les secrets révélés par sa restauration
« La restauration légère entreprise en amont de la présentation du panneau à l’exposition de Tours a été l’occasion d’intéressantes découvertes. Le tableau décadré a révélé des dimensions différentes de celles d’origine. Recoupé à deux reprises, il conserve un repeint postérieur vraisemblablement du XVIIIe siècle, qui représente des angelots de belle facture habituellement masqués par les écoinçons du cadre(ndlr 1). Si le panneau de bois a souffert des nombreuses attaques d’insectes et que les dorures sont en grande partie usées, la couche picturale et les coloris restent d’une fraîcheur rare pour une pièce ancienne. Cet état de conservation remarquable en fait une œuvre exceptionnelle du patrimoine aquitain et même sur le plan national.
Une telle abondance d’or dans l’œuvre de Simone dei Crocéfissi mérite d’être soulignée. Elle est peut-être à mettre en relation avec l’importance éventuelle de son commanditaire ou du lieu pour lequel ce panneau a été peint »
1
« Le couronnement de la vierge » fut confiné deux fois
Une première fois à Saint Geyrac
Avant de se retrouver dans l’appartement de Périgueux où Madame Gaillard-Lacombe passa les dernières années de sa vie, il logea au château de Montferrier. Sans doute y tenait-elle beaucoup et connaissait-elle sa provenance, gage de son importance pour le faire suivre avec elle.
Pendant la guerre de 1939-1945 le couple Gaillard-Lacombe se retira dans un hôtel à Brive .
Le Primitif italien ainsi que les bijoux restèrent à Saint Geyrac, confiés au régisseur qui devait leur trouver une cachette. Les bijoux enfermés dans une boite furent enterrés au pied d’un arbre.
Mais comment cacher le tableau ?
Joseph Coulaud démonta une petite partie du plafond dans les communs à côté du château. Il enveloppa confortablement son trésor dans de vieux chiffons et le glissa entre le plafond et le plancher . Il reboucha le trou, ni vu ni connu !
Le tableau dormit ainsi jusqu’à la libération. La cachette était excellente, à l’abri de la lumière et au sec !
La seconde à Périgueux
Il fut exposé en juin 2006 au musée de Périgueux puis mis sous clef.
Pour des raisons de sécurité l’évêché le laissa au musée en attendant qu’on installe pour lui, dans la cathédrale Saint Front un local spécialement aménagé pour sa sécurité et sa conservation.
Pour lui rendre visite dans les réserves du musée, une autorisation de Monseigneur l’Evêque de Périgueux et Sarlat était nécessaire.
Le voici dans sa boîte sécurisée, présenté à ses deux « groupies » captivées par les explications.
Photo de Peggy Faure, assistante de communication du Musée du Périgord, prise le 25 05 2016. Photo qui m’a été aimablement offerte.
Il est installé depuis peu dans sa demeure définitive de la cathédrale . Je vous conseille vivement de lui rendre une petite visite.
Comment est-il arrivé entre les mains de Madame Gaillard-Lacombe ?
Il était sans aucun doute dans la corbeille de mariage du couple Gaillard-Lacombe et provenait de l’héritage Sancholle-Henraux au décés de Jean-Bernard premier époux.
Et avant ? J’ai envisagé plusieurs hypothèses ; voici la dernière qui peut varier encore au fil des recherches jamais closes.
Plantons le décors ! Nous sommes sous Napoléon Ier, en Italie .
Les personnages
La sœur de l’empereur, Elisa, nommée Grande Duchesse de Toscane en 1809 .
C’est elle qui donna son essor à Carrare, elle y établit une académie des Beaux-Arts destinée à accueillir les plus grands sculpteurs, et elle fit de Carrare un exportateur de marbres excellents.
Elle y resta le temps de la gloire de son frère. Elle quitta précipitamment la Toscane en 1814 et mourut en 1820.
Jean Baptiste Alexandre Henraux, (1775-1843) ex officier de Napoléon,
Négociant à Paris, il fut chargé de superviser l’achat des marbres blancs de carrare pour les monuments français. C’est ainsi qu’il fut reçu à la cour de la Grande Duchesse.
Le Point de départ possible
Le pillage organisé des œuvres d’art par Napoléon!
Quand on parle de rapt d’œuvres d’art, on pense à notre époque contemporaine. On pense à Hitler. Mais Napoléon en Egypte, Italie, Espagne et ailleurs pilla sans vergogne.
Les Français, paraît-il, se seraient comportés un peu mieux en Toscane qu’à Milan ou à Palerme, Rome ou Venise . Ils n’auraient pillé que le palais du Grand Duc !
Paul Marmottan (1856-1932), auteur, historien, critique d’art, collectionneur et mécène nous dit : « A la bibliothèque du Vatican, les commissaires françaisavaient pris 500 manuscrits, à Florence ils en enlèvent un seul. »
Au Palais Pitti où Elisa s’est installée on décroche 63 tableaux dont 56 pour le Louvre mais 7 se perdirent en route !
On peut penser que le panneau était dans le groupe des 7 et probablement gardé par Elisa.
Après son départ précipité, les biens d’Elisa furent mis en vente et le panneau a pu être acheté par Jean Baptiste Alexandre Henraux.
Mais J B A Henraux pouvait aussi s’en emparer sans passer par la case Elisa…
Le Primitif, par héritages successifs au sein de▶▶▶ la famille Sancholle-Henraux, échoua chez le couple Bernières Henraux et revint à M N C H Mouilleaux de Bernières lors du décès de son mari.
Il lui revint également un magnifique album offert à Jean Bernard Sancholle-Henraux par Salomon Counis, le peintre attitré de la grande Duchesse Elisa qui porta le titre de « peintre en émail de la cour« .
Extrait du bulletin de la SHAP 3ème livraison de 2021
J M Nicolas, Prêtre du diocèse de Périgueux, historien de l’art, responsable de la Commission diocésaine d’art sacré présente un article sur le Couronnement de la Vierge.( p 265 à 274)
Je vous livre les lignes relatives à l’origine de la donation. Il confirme que le tableau n’est pas un don de Madame Gaillard Lacombe. Par contre j’ai de sérieux doutes sur l’achat de ce tableau par Marcel Chaumont…tous les documents laissent à penser qu’il en a été l’héritier. L’essentiel est qu’il soit entre de bonnes mains!
Il privilégie également la piste de la collection Gozzadini , ce qui amène à penser que c’est Marie Bernières Henraux et son premier mari qui l’on acheté. Une piste évoquée dans une correspondance avec Madame Laure Mallet, membre de la commission diocésaine d’Art Sacré, en 2013 et 2014.
Administrativement, le Périgord dans les limites de l’actuel département de la Dordogne dépendait de la généralité de Bordeaux, elle-même divisée en quatre subdélégations :s Périgueux la nôtre, Sarlat, Bergerac et Libourne.
C’est dans ce cadre que la province payait ses impôts au roi.
Pour la gabelle (impôt indirect sur le sel) elle faisait partie des provinces « redîmées ». Ce mot vient du latin redimerer=racheter. Les provinces du sud-ouest ne paient plus l’impôt sur le sel depuis le milieu du XVIème siècle en échange d’un versement au roi d’une importante somme globale.
Pour la justice, elle dépendait du Parlement de Bordeaux.
Voici ce que dit le Marquis de Fayolle (1765-1840) grand propriétaire terrien à Tocane Saint Apre à propos du Périgord : « De la mauvaise culture qui est établie, dérive la pauvreté de ses habitants et l’état inculte d’une grande partie de son territoire…..Les arts et métiers sont encore dans l’enfance. »
Les différentes importations concernent la production nécessaire à la consommation des habitants et l’exportation est bien faible.
Les routes sont en mauvais état.
L’instruction ? Peu de cultivateurs savent lire. Ils parlent le « patois », mélange de gaulois, de latin et de quelques mots anglais héritage d’Aliénor.
Nourriture : des châtaignes un partie de l’année, du pain de seigle et du maïs.
Maladies : dysenterie, fluxion de poitrine, fièvre ardente.
A l’été de l’année 1788 des averses de grêle et des orages dévastèrent le Périgord et à nouveau le spectre de la famine hanta les habitants.
L’hiver 88-89 fut le plus rigoureux du siècle !!!
Dès le printemps 1789, on dut faire face à des affamés. Des émeutes éclatèrent ici et là contre les spéculateurs qui favorisèrent « la grande paou» (grande peur). Le roi fut contraint de prendre des mesures rapides et convoqua les Etat généraux.
LA PREPARATION DES ETAT GENERAUX
8 août 1788 arrêt du Conseil convoquant les états généraux pour 1789
24 janvier 1789 règlement royal organisant la procédure électorale
Entre le 1 et le 10 mars 1789, les paroisses vont rédiger leur cahier de doléances et élire leurs délégués. Ces cahiers pas plus que les délégués n’iront à Versailles mais à l’assemblée du Tiers Etat de la Sénéchaussée secondaire à Périgueux.
Henri Maurit notre curé, fut chargé de lire au prône de la messe et d’afficher « au devant de la porte principale de l’église », la convocation du Roi et celle du Sénéchal du Périgord. Le gouvernement le chargea de faire la leçon aux paysans. Il reçut des instructions : « Le peuple dans lescampagnes surtout, n’est guère en état de comprendre, par une lecture rapide, les avantages qui peuvent résulter pour lui de la tenue des Etats Généraux, ni de connaître ce qu’il doit faire pour que cette grande assemblée opère réellement tout le bien possible. Je suis persuadé Monsieur le Curé que vous voudrez bien le lui expliquer. » Elles se terminaient ainsi « Comme plusieurs paroisses pourraient être embarrassées pour dresser les cahiers de leurs instructions ou doléances, je vous en fais passer, Monsieur, un projet que vous voudrez bien communiquer au syndic de votre paroisse. »
Ce modèle suggérait un plan adopté partout fourni par le juge de la juridiction (Marc Martini Sieur de Lagoufenie) ; description des maux dont souffre la paroisse puis remèdes à y apporter.
A Saint Geyrac le cahier fut élaboré le 6 mars 1789
Deux parties composent ce document / AD microfilm 6C12
Le Procès verbal, document juridique garantissant la validité des élections, et toujours la signature des présents quand ils savent signer.
Transcription
Procés verbal des habitants du tiers état de la paroisse de St Geyrat pour la nomination des députés. AD microfilm 6C12
Dans la marge : paroisse de St Geyrat- députés Pierre Brassat sieur de Meynor –François Desmaisons-166 feux
Page 1 Aujourd’huy sixième du mois de mars mille sept cent quatre-vingt-neuf au Bourg de St Geyrat en périgord, en assemblée convoquée au son de la cloche, en la manière accoutumée, sont comparus au presbytère de ce lieu, par devant nous Marc Martini sieur de Lagoufini juge de la présente juridiction, savoir Léonard Beaupuy sonneur de cloches, François Loubiat sieur de Fortis, Guillaume Chumon tisserand, Guillaume Giraudou laboureur, Martial Caliavet, Jean Reyen, Thoni Lacombe journalier, Martial Calliavet, Jean Lacombe, Joseph Montauriol, Pierre Plazanet, Pierre Delage dit Fayoulet, Jean Caliavet, Pierre Boudit dit Marguissou, Jacques Gonthier, Jean Duvaleyn, Jean Desmond fils d’Huguet, Jean Crubelier aîné, Pierre Lagorse, Pierre Andraud dit Bitard, Girou Lacoutini, Jean Reynaud, Jean Lacombe, Jean Perrot dit Quinque, Anthoine Bourdichon, Jean Montauriol, Thoni Perrot,(27 )Léonard Fortunel, Sieur Jacques Montayaud, Elie Duvalyn, Léonard Laronze laboureur, le nommé Grangnau , Jean Daubisse dit Marchedroit, la veuvedu sieur Sengense en son vivant maitre en chirurgie, Anthoine Bretou ou Valade, Anthonin Falgorin, Pierre Bretou dit Mauricor, Léonard Leymarie, Jean Gris, Jean Andraud, Jean Desmons dit picher, François Desmaisons sieur de la Taleyrandie, la veuve du sieur Desmaisons, sieur Léonard Bourdichou de Jean Merle, Geoffroi Plazanet, Pierre Dessales, Jean Pascalet dit mbon, (20) Bernard Pascalet dit poulard, Eymard Desmons, Jean Perrot, Naillaz Ladeuil, David Tibal, Jean Tibal dit rebingou, François Chavigniers, Anthoine Lacoste, Anthoine Laroumagne, Eymard Montauriol, Jean Reynier, Bernard Viragonlu, Louis Tusorne, David Tuverne, Bernard lacoste, Jean Destreguil, Jean Dougnac, Jean Bourdichou dit Caton, Hugue Thibaud, Joseph Dougnac, Naillas Dougnac, Pierre Brassat sieur Dumeynor, sieur Jérôme de Beaupuy et Jacques Reynaud (24)tous nés français âgés de
Page 2 vingt-cinq ans, compris dans le rôle des impositions de cette paroisse y habitant, composé de 166 feux ; lesquels pour obéir aux ordres de sa majesté, portés par les lettres données à Versailles le 24 janvier de la présente année, pour la convocation des états généraux du royaume et satisfaire aux dispositions du règlement y annexé ainsi qu’à l’ordonnance de monsieur le sénéchal du Périgord et de monsieur son lieutenant général datée du 16 février aussi présente année, dont ils nous ont déclaré avoir eu parfaite connaissance, tant par la lecture qui vient de leur en être faite que par la lecture en publication cy devant faite au prône de la messe de la paroisse par monsieur le curé d’icelle le 1 er du mois de mars courant et par la lecture et publication en affiches pareillement faites le même jour à l’issue de ladite messe de paroisse, au-devant de la porte principale de l’église, nous ont déclaré qu’ils allaient s’occuper, de la rédaction de leur cahier de doléances, plaintes et remontrances ; en effet y ayant vaqué ils nous ont représenté ledit cahier qui a les signatures desdits habitants qui savent signer et puis nous l’avons paraphé et coté par la première et dernière page paraphé né varieture ( sans y rien changer) au bas d’icelle.
Et de fait les dits habitants après avoir murement délibéré sur le choix des députés qu’ils sont tenus de nommer en conformité des dites lettres du roi et règlement y annexé ; et les voix ayant été par nous recueillies, en la manière accoutumée, la pluralité des suffrages sont réunis en faveur des sieur Dumeynor et Desmaisons qui ont accepté ladite commission et promis de s’en acquitter fidèlement.
La dite nomination des députés ainsi faite les dits habitants ont en notre présence remis aux sieurs Dumeynor et Desmaisons les députés, le cahier afin de la porter à l’assemblée qui se tiendra le onze du présent mois devant Monsieur le lieutenant général de la présente sénéchaussée et leur ont donné tous pouvoirs requis et nécessaires à l’effet de les représenter par l’ordonnance
Susdite de monsieur le sénéchal et lieutenant général, comme aussi de donner pouvoirs généraux et suffisants de proposer, remonter, aviser et consentir tout ce qui peut concerner les besoins de l’état, la
Page 3 réforme des abus, l’établissement en ordre fixe et durable dans toutes les parties de l’administration, la prospérité générale du royaume et le bien de tous et de chacun des sujets de sa majesté.
Et de leur part les dits députés se sont présentement chargés du cahier des doléances de la paroisse, et ont promis de le porter à ladite assemblée et de se conformer à tout ce qui en présent est ordonné par les dites lettres du roi, règlement y annexé et ordonnances susdites, desquelles nominations de députés, remise de cahier, pouvoirs et déclarations, nous avons, à tous les susdits comparants donné acte et avons signé ceux des habitants qui savent signer et aussi les dits députés notre présent procès-verbal ainsi que le duplicata que nous avons présentement remis aux députés pour constater leur pouvoir
La minute de ce procès-verbal ayant été déposée au greffe de la présente juridiction ledit jour et an que dessus.
Page 4
St Geyrac députés Pierre Brassat du Meynot, Sieur François Demaison , 166 feux
Puis vient le cahier proprement dit contenant les doléances.
Transcription
Cahier de doléances plaintes et remontrances
A n°20
Page 1 Cahier rédigé par les habitants du tiers état de la paroisse de Saint Geyrat Sénéchaussée de Périgueux. En l’ assemblée convoquée à la messe le présent jour, tenue en conformité des ordres de sa majesté portés par les lettres données à Versailles le 24 janvier de la présente année pour la convocation des Etats généraux en ce royaume, qu’en exécution des dispositions du règlement y annexé, ainsi que de l’ordonnance de Monsieur le grand sénéchal du Périgord datée du 6 février aussi de la présente année, pour ledit cahier, par les sieurs Dumeynor et Desmaisons députés nommés de la part des mêmes habitants, être porté à l’assemblée préliminaire qui sera tenue par monsieur le lieutenant général de ladite sénéchaussée, en la ville de Périgueux le 11 du mois de mars courant.
Commencent les –dits habitants par déclarer que les grandes difficultés qui leur ont été proposées à répondre, étant absolument au-dessus de leur faible portée ; s’ils se sont occupés d’un pareil objet c’est bien plus pour obéir à la loi qui leur en était imposée, que par le téméraire espoir d’avoir le bonheur d’y réussir, puis qu’aussi dépourvus des connaissances nécessaires pour indiquer les moyens de subvenir aux besoins de l’état, qu’ils seraient embarrassés pour contribuer à les remplir, ils ne sauraient conséquemment, par un rapport, se promettre de fournir le moindre des expédients qui leur sont demandés.
Etablis sur un sol presqu’entièrement disposé en vallées et collines, rude, pierreuse, en général couvert de bois,
Page 2 pour ces raisons sujet à la ravine, aux inondations, au brouillard et à la gelée, lesdits habitants n’en retirent jamais que de très mauvaises récoltes, qu’il leur faut …pour ainsi dire, arracher des entrailles de la terre, par des travaux sans relâche et d’y labourer sans fin ; Eloignés de tout lieu de commerce, ils n’en ressentent pas une influence, enfin placés entre deux grandes routes pratiquées de Périgueux à Sarlat, et de Tulle à Bordeaux, après avoir eu la peine d’en construire une grande étendue, il leur rets à présent la charge de les entretenir, souvent suivies de celles des voituriers les équipages des troupes du roi qui depuis plusieurs années ont un passage assigné sur la première.
A tous les désagréments dérivants de la nature du climat se réunissent la prorogation de deux vingtièmes qui auraient dû prendre fin depuis longtemps, avec l’imposition d’une taille qui élevée par degrés d’un taux exorbitant, eu égard aux revenus desdits habitants, leur devient encore plus onéreux pour les biens de l’église, ………………que d’un privilège de la paroisse, n’y pas participer ; dans une situation si embarrassante, il serait sans doute de toute impossibilité auxdits habitants, non seulement de pouvoir subvenir d’une nouvelle imposition, mais encore s’il n’y était pas pourvu au plutôt de pouvoir continuer à supporter celles auxquelles ils se trouvent maintenant assujettis, étant de notoriété publique, que la cote part est supportée par plusieurs d’entre eux, ou bien les frais qu’ils éprouvent à défaut d’être en état de l’acquitter aussitôt
Page 3 quelle est exigée, en cédant souvent le même produit de leur bien,…..les propriétaires sont obligés à en abandonner la culture pour gagner ailleurs leur vie, et leurs femmes et enfants sont réduits à aller mendier leur pain de manière que par la rigueur des impôts, il reste en friche une partie considérable des terres de cette misérable paroisse, comme toute industrie et toute activité en sont bannies par la même cause.
La misère, les charges accablantes et les dures extrémités pour lesquelles gémissent lesdits habitants ainsi suffisamment exposés ; passons maintenant aux moyens qu’il y aurait à prévoir pour remédier aux besoins de l’état ; quel qu’étranger qui fournit de pareils renseignements à de pauvres gens de la campagne, tels que lesdits habitants, néanmoins enhardis par la liberté qui leur est donnée de s’expliquer à cet égard, ils représenteront qu’étant de toute justice d’assujettir indistinctement tous les biens du royaume à la charge publique, il parait que si on prenait cette voix que le tiers état ne cessera de réclamer ; sans aggraver la condition des peuples, on se procurerait aisément un moyen légitime pour les soulager à l’avenir et en même temps une ressource assurée pour acquitter présentement les dettes de l’état, en ajoutant cette masse à la taille déjà établie sur le royaume, ou en créant cette autre imposition que le feu pour en répartir sur tous les fonds qui jusqu’à présent en ont été affranchis.
Page 4 Comme aussi il paraît aux habitants qu’on pourrait encore se procurer, pour être employé aux mêmes besoins, un surcroit de ressources à tous, en rayant d’une main courageuse toutes les pensions qui d’après un examen sévère ne seraient pas trouvées, ou dues à de vrais services rendus à l’état, qu’en réduisant à de justes bornes les appointements exclusifs attachés aux grandes places, de même que ceux de ces emplois lucratifs de finance, dont les titulaires ne devraient ressentir. Pas un prince, fils aimant véritablement l’état, puisque les sacrifices auxquels ils se trouveront exposés tourneront uniquement à son avantage.
Les engagements à remplir pouvant donc être acquittés en peu d’années, au moyen des ressources qui viennent d’être indiquées, auxquelles on pourrait en joindre encore plusieurs autres, dont la brièveté du temps ne permet pas de faire ici l’énumération, ne s’agirait plus que d’y recourir comme ce fut l’ unique parti que l’état paraisse avoir à prendre pour mettre à même de soulager au plutôt les peuples en supprimant les deux vingtièmes actuellement subsistants, en réduisant par-là, à son état primitif cette sorte d’imposition, qui originairement crée pour des occasions passagères, finissait aussitôt que le besoin pour lequel elle avait été établie, était passé.
Page 5 Mais ce n’est pas tout de diminuer la somme des impositions, il est encore nécessaire qu’il soit procédé à une nouvelle répartition du taux qui en restera, de même que pourrait se revoir la perception, sans quoi la majeure partie desdits habitants n’en demeurerait pas moins fort chargée d’impôts, qu’exposée à être éternellement présentée par des exacteurs avides, prenant également dans tous les temps la rentrée des subsides, qui par de promptes remises s’attirent des gratifications qu’il est aujourd’hui d’autant plus important de proscrire, qu’elles sont associées au sang et aux larmes des misérables.
Enfin une des plus grandes obligations de l’état, étant de pourvoir aux besoins des pauvres, il parait encore qu’on en trouverait une ressource aussi étendue que peu onéreuse en assujettissant tous ceux qui dans suite seraient pourvus de Bénéfices soumis à la nomination Royale, à donner un sixième du revenu qui leur en reviendrait pour être distribué aux pauvres, en conformité du règlement qui serait fait à leur égard : ce qui n’entraine pas un inconvénient pour le présent ni pour l’avenir, puisque les titulaires actuels n’en souffriront pas, et que ceux qui dans la suite seraient pourvus de
Page6 bénéfices auront d’avance une connaissance de la charge qui y serait imposée : par des mesures de cette sorte l’on verrait reprendre leur destination originaire à des biens souvent employés à un luxe et à un faste scandaleux, et l’on pourrait espérer de voir rentrer dans l’église, la candeur et la simplicité des premiers temps, que les grandes richesses n’ont que trop contribué à en sortir
mais sans entrer dans un plus long détail sur ce qu’il pourrait y avoir à faire, afin de pourvoir aux divers besoins….s’agit, ainsi que tout ce qui peut en général intéresser la prospérité du royaume et celle de tout un chacun des sujets de sa majesté ; s’en remettant entièrement tant aux moyens que la haute sagesse du roi lui dictera la dessus qu’à ceux qui pourront lui être suggérés par les lumières de messieurs les députés qui composeront l’assemblée des Etats généraux du royaume ; lesdits habitants se borneront à faire les vœux les plus ardents pour le Bonheur du Roi et l prospérité de l’état dont ils sont unanimement demeuré d’accord, A St Geyrat le 6 mars 1789.
Saint Geyrac en 1789… que peut-on savoir en lisant ces cahiers de doléances ?
La paroisse compte 166 feux soit 664 habitants environ.
Qui vote ?
Il faut être né français, âgé de 25 ans, compris dans le rôle des impositions, habiter Saint Geyrac.
La liste des participants :
69 hommes et 2 femmes
Le curé n’est pas mentionné mais il a fait un travail en amont.
Lieu de la réunion
Le presbytère
Les métiers de quelques participants
Sonneur de cloches 1
Tisserand 1
Laboureur 2 (celui qui possède les animaux et le matériel de labour, l’agriculteur d’aujourd’hui)
Journalier 1 (celui qui se loue de manière temporaire)
Maître en chirurgie 1
Les « chaffres » ou surnoms
Indispensables car les prénoms choisis ne sont pas variés, ce sont ceux des parrains et marraines, frères ou sœurs
Pierre Delage dit Fayoulet
Pierre Boudit dit Marguissou
Pierre Andraud dit Bitard
Léonard Laronze dit Grangnau
Jean Perrot dit Quinque
Jean Daubisse dit Marchedroit
Antoine Bretou dit Valade
Pierre Bretou dit Mauricor
Jean Desmons dit Picher
Jean Pascalet dit « « mbon »
Bernard Pascalet dit Poulard
Jean Tibal dit Rebingou
Jean Bourdichou dit Caton
Des précisions
Jean Desmons fils d’Huguet
Jean Crubelier aîné
Le nommé Grangnau (on ne connaît pas le prénom)
La veuve du sieur Sengense en son vivant Maître chirurgien
Léonard Bourdichou de Jean Merle
Les femmesqui paient des impôts
La veuve du Sieur Desmaison
La veuve du Sieur Sengense
Le titre de Sieur
Le simple « Sieur »indique une profession intermédiaire -souvent aussi une terre et vous donne l’air d’un notable
Marc Martini, Sieur de Lagoufinie, juge de Paix de notre juridiction
Les notables habitant la Paroisse
La Taleyrandie : François Desmaisons de la Taleyrandie (maire de 1795-1800/1807-1830/1832-1834 †)
Il vit avec sa mère veuve
La Grêlerie : Pierre Brassat Meynot ou Brassat Dumeynor (maire de1792-1793/1800-1807) Jacques Montayaud
Qui sont les délégués ?
Les notables rentiers : Pierre Brassat sieur du Meynor et François Desmaisons sieur de la Taleyrandie
On y trouve une description de la paroisse
« établie sur un sol presque entièrement disposé en vallées ,en collines rudes, pierreuses, en général couvertes de bois et pour ces raisons sujet à la ravine, aux inondations, au brouillard et aux gelées, lesdits habitants ne retirent jamais que de très médiocres récoltes qu’il leur faut arracher des entrailles de la terre par des travaux sans relâche et des peines sans fin. Eloignés de tout lieu de commerce, ils n’en ressentent pas une influence. Enfin placés entre deux grandes routes pratiquées de Périgueux à Sarlat et de Tulle à Bordeaux, après avoir eu la peine de construire une grande étendue, il leur reste à présent la charge de les entretenir souvent suivie de celle des voitures, des équipages, des troupes du roi qui depuis plusieurs années ont un passage assigné sur la première. A tous les désagréments dérivant de la nature du climat « se réunissent la prorogation de deux vingtièmes qui auraient dû prendre fin depuis longtemps avec l’imposition d’une taille qui élevée par degrés d’un taux « exhorbité » eu égard aux revenus desdits habitants ».
Les impôts sont écrasants et on ne peut plus s’en sortir !!!
Les maigres revenus, « la rigueur des impôts font que les femmes et les enfants en sont réduits à aller mendier leur pain . Il reste en friche une partie considérable des terres……..les industries et toutes activités y sont bannies ».
Bref la paroisse est misérable.
Les habitants émettent des souhaits
« Enhardis par la liberté qui leur est donnée de s’expliquer à cet égard »
assujettir tous les biens du royaume à la charge publique
rayer d’une main courageuse toutes les pensions qui d’après examen ne seraient pas trouvées d’être vraies services rendus à l’état
réduire à de justes bornes les appointements attachés à de grandes places de même que ceux des emplois lucratifs de finances.
Enfin une des plus grandes obligations de l’état étant de pourvoir aux besoins des pauvres, il leur paraît encore qu’on trouverait une ressource aussi étendue que peu onéreuse en assujettissant tous ceux qui dans la suite seraient pourvus de bienfaits, à donner une partie des revenus qui leur reviendraient pour être distribués aux pauvres ».
Le manque de temps ne leur permet pas, disent-ils, d’entrer dans les détails, mais, « il est aujourd’hui d’autant plus important de proscrire remises et gratifications qu’elles sont arrosées du sang et des larmes des misérables »
Ont signé
Il est écrit en toutes lettres : « ceux des habitants qui savaient » -8 personnes.
Nos deux délégués ainsi que ceux des autres paroisses de la sénéchaussée devaient rejoindre Périgueux pour condenser tous les cahiers en un seul le 11 mars. La sénéchaussée de Bergerac le fit le 9 mars, celle de Sarlat le 10.
Le cahier unique n’a pas gardé l’authenticité du cahier des paroisses. On élit aussi des « électeurs »,1/4 des membres, qui iront à Périgueux assister aux états généraux du Périgord du 16 au 25 mars 1789, qui se tiendront dans la cathédrale Saint-Front.
En même temps que le Tiers Etat, la Noblesse et le clergé établissaient chacun leur cahier de doléances.
Les nobles contestaient la forme « autoritaire » de la convocation des Etats généraux et surtout ils contestaient le doublement du Tiers Etat décidé par Louis XVI. Ils admettaient une réforme de l’impôt mais le maintien des autres privilèges était clamé haut et fort. En fait la noblesse périgourdine n’était prête à céder que sur le plan fiscal.
C’est dans la cathédrale Saint Front que s’ouvrit le 16 mars l’Assemblée générale des trois ordres, présidée par le Grand Sénéchal gouverneur de la Province du Périgord, le marquis de Verteillac.
Après avoir entendu la messe, « chaque ordre se plaça selon son rang : le Clergé à droite, la Noblesse à gauche, le Tiers Etat en face du Grand Sénéchal ».
860 délégués étaient présents dont : 380 du Tiers Etat, 240 du Clergé porteurs de 620 procurations, 240 de la Noblesse porteurs de 280 procurations.
Rapidement, le lendemain 17 mars, les trois ordres se séparèrent n’ayant pu s’entendre pour rédiger 1 seul cahier pour chaque ordre.
Le Tiers Etat se rendit à l’église Saint-Silain (actuellement le Coderc) au centre de la ville, et qui sera démolie en 1793.
La noblesse se rendit à l’église du couvent des Augustins. Ce couvent fondé en 1615 se trouvait à l’endroit du Musée du Périgord actuel.
Le Clergé resta à la Cathédrale.
Dans son coin, chaque ordre rédigea un seul cahier et on passa à l’élection des députés :
Les 4 députés du Tiers Etat
Fournier de La Charmie, Lieutenant-criminel du Périgord
Jean Baptiste Loys, avocat
Guillaume Gonthier de Biran, Lieutenant général de Bergerac
Paulhia de la Sauvetat, avocat
Les 2 députés du Clergé
Laporte, curé de Saint Martial d’Hautefort
Delfau, Archiprêtre de Daglan
Le Clergé s’octroya le droit de nommer un suppléant : Prunis.
Les 2 députés de la Noblesse
Comte de La Roque Mons, lieutenant général des armées du Roi
Marquis Foucauld de Lardimalie, (Saint Pierre de Chignac), capitaine au régiment des chasseurs de Hainaut .
La Noblesse fit comme le Clergé et nomma un suppléant : le Marquis de Verteillac.
Il ne restait plus qu’à se retrouver à nouveau dans la Cathédrale pour prêter serment. Ce fut fait le 25 mars, à trois heures de l’après-midi. Chaque ordre reprit sa place devant le grand sénéchal et désigna un orateur pour prononcer un discours. Tous sauf Gontier de Biran appelé à Bergerac pour « des affaires pressentes » prêtèrent le serment de s’acquitter fidèlement de leur mandat. Gontier de Biran prêta serment le 16 avril suivant devant Fournier de La Charmie.
C’est ainsi que le 5 mai 1789 nos députés rejoignirent la salle des Menus plaisirs à Versailles. Ils se mêlèrent aux 1317 députés ainsi répartis ;
Noblesse =330
Clergé= 326
Tiers-Etat= 661
Le vote : par ordre, chaque ordre possède 1 voix
les Nobles et le Clergé faisant alliance ont 2 voix….. le Tiers Etat 1 voix ne peut rien.
La première revendication du Tiers Etat est le vote par tête.
Noblesses et Clergé = 656
Tiers-Etat =661
sans compter que le 22 juin 150 députés du Clergé et 2 de la Noblesse font alliance avec le Tiers Etat !
La Révolution est en marche…………
Tableaux récapitulatifs des quatre étapes menant à Versailles le 5 mai 1789
Quelques détails
Le feu : le sens primitif de ce mot est foyer, habitation et par extension famille y habitant. A l’époque moderne ce mot prenait presque toujours le sens d’unité imposable, unité fort difficile à définir, qui ne correspondait plus à rien de précis, ni à une étendue de territoire, chaque communauté d’habitants était réputée valoir tel nombre de feux, d’après lesquels étaient fixées ses impositions. De nos jours on parle de foyer fiscal.
un feu = environ 4 personnes
166 feux X 4= 664 habitants (environ)
La sénéchaussée : ou plus généralement baillage. Circonscription essentiellement juridique qui est sous la direction des baillis royaux, celle des baillis seigneuriaux est la seigneurie. Dans le midi et dans l’ouest on parle de sénéchaussées et le bailli devient le sénéchal.
Il y a trois sénéchaussées en Périgord : celle de Périgueux, celle de Bergerac, celle de Sarlat.
Un député de la noblesse près de chez nous.
Louis II de Foucauld marquis de Lardimalie
« Il est né le 7 décembre 1755 au château de Lardimalie, commune de Saint Pierre de Chignac, d’Arnaud et de Marie de Commarque. Chevalier de Malte, il fut capitaine de remplacement au régiment de chasseurs à cheval de Hainaut Il épousa à Saint-Jean-de-Troyes, en Champagne, le 24 janvier 1782, Elisabeth de Mauroy, dame de Villemoyenne. Il fut élu au troisième tour, le 17 mars, député de la noblesse des états généraux de 1789. Il accepta tout ce qui, dans les idées révolutionnaires, ne portait pas atteinte à sa foi religieuse et monarchique. Ainsi, il signa le serment du Jeu de Paume et fut secrétaire de l’Assemblée du 7 au 9 mai 1791. Il émigra après la séparation de l’Assemblée Constituante, servit en 1792 dans l’armée des Princes et, en 1793, dans celle de Condé. Il fit ensuite toutes les campagnes de l’émigration et rentra en France en profitant de l’armistice impériale de l’an X. Il est mort accidentellement au château de Lardimalie, le 2 mai 1805. En effet, en réparant son château il est décédé enseveli sous les décombres d’une vieille tour »
Dictionnaire des députés de la Dordogne de 1789 à nos jours-Guy Penaud
Notre Commune changea de nom….
Voici le nom de notre Commune modifié après la Révolution. On retrancha le mot « Saint » sauf pour quelques Communes. La nôtre prit le nom de UNION.
On ne trouve pas trace de ce nom sur les registres d’Etat-civil, ni ailleurs..
14 juillet Fête nationale …depuis quand ?
Le 14 juillet 1789 fut commémoré le 14 juillet 1790 par une immense Fête que l’on nomma Fête de la Fédération……puis plus rien!
La République ne s’installa définitivement qu’après Napoléon III. Le 4 septembre 1870 on proclama la IIIème République, mais les républicains ne contrôlèrent toutes les institutions qu’à partir de 1879.
Comment enraciner complètement les institutions républicaines auprès du peuple ? On chercha alors à mettre en place des symboles et des pratiques collectives, une Fête nationale était tout indiquée. Des discussions s’engagèrent à la Chambre et les républicains se tournant vers la Grande Révolution, proposèrent le 14 juillet.
Le 21 mai 1880 le député Benjamin Raspail suivi par 63 de ses confrères déposa une brève proposition de loi : « La République adopte comme jour de Fête nationale la date du 14 juillet ».
Des discussions acharnées agitèrent les députés et les sénateurs…
Quel 14 juillet ?
celui de 1789 « qui avait mis fin au monde ancien et inauguré un monde nouveau »?
celui de 1790 qui avait donné « la France moderne « ?
Un amendement proposa le « 4 août » date à laquelle tous les Français étaient « devenus égaux devant la loi et les impôts ». …refusé!
La loi ne précisant pas quel 14 juillet est commémoré chacun y trouva son compte et elle fut promulguée le 6 juillet 1880.
Les discussions agitèrent alors la population et les Conseils Municipaux…certains voulaient un 14 juillet mobile, d’autres le déplacer au dimanche le plus proche, car cette date nuisait aux travaux des champs….bref on voulait un 14 juillet à la carte.
Et chez nous ?
De 1881 à 1900 le Maire de la Commune est Marc de Saleneuve qualifié de « réactionnaire » par les journaux de l’époque.
Voici les extraits des trois délibérations prises en 1881, 1882, 1883.
10 juillet 1881 ?….erreur sur la date 9 juillet 188224 juin 1883
On ne saura plus rien sur le 14 juillet à Saint Geyrac……peut-être en a-t-on parlé mais plus de trace dans le registre des délibérations.
De mémoire d’écoliers et d’enseignante, nous assistions chaque année à deux cérémonies : le 11 novembre et le 8 Mai ….
Un article du journal « Le Temps » du 21 août 1889 sur l’ouverture de la session du Conseil général de la Dordogne
A la lecture de cet article on comprend les décisions de Mr de Saleneuve et de son Conseil Municipal à propos du 1 4 Juillet.