Salomon Counis

Portrait à la mine de plomb de Salomon Counis par son ami Dunant en 1830-Archives privées

Autoportrait d’Elisa Counis en 1839- Musée des Offices à Florence (Italie)

            Salomon Guillaume Counis est né à Genève le 22 juillet 1875, il est le fils de Jean Michel et de Jacqueline Elisabeth Favre. Il fut  élève de Adam Toepffer. En 1806 il va à Paris et étudie avec Girodet. Il fut le peintre de la grande duchesse de Toscane Elisa Bonaparte sœur de Napoléon Ier et la suivit en Toscane en 1810 où il eut le titre de « peintre en émail de la cour »

            Le 1er avril 1812 il épouse Elisabeth Harmand, femme de chambre à la cour. Le 16 novembre 1812 naquit à Florence, au Palais Pitti, Elisa, surnommée Lisina, qui eut pour marraine la Grande Duchesse. Le 7 mars 1817 naquit une autre fille Judith qui décéda en août 1818.

            Salomon Counis quitte la Toscane après la chute de Napoléon en 1815  et va à Genève où sa femme le rejoint, ayant suivi avec sa fille, la suite de la Grande Duchesse..

            Après un séjour à Paris, il s’installa définitivement en Toscane en 1830.

            Il  rencontre Jean Bernard Sancholle-Henraux et devint un grand ami de la famille. En 1844 Elisa dessine un portrait de Jean Bernard, que Salomon intègrera dans un album qu’il lui destine. Cet album restera dans la famille Sancholle-Henraux et se retrouvera chez les Gaillard Lacombe par le truchement de Marie Mouillesaux de Bernières.

             Il fut la propriété d’un héritier de M Mouillesaux de Bernières dont une descendante m’a permis d’en faire une photographie complète avant qu’il soit vendu.

Dans ce magnifique album on trouve une partie composée de dessins à la plume, à la mine de plomb et des aquarelles de lui et de sa fille (le portrait de Jean Bernard est dessiné par sa fille).

            Certaines de ses aquarelles ont pour sujet Elisa, dans toutes sortes d’activités. Il est vrai qu’à ce moment là, Elisa était morte prématurément et qu’il était très malheureux. On y trouve également ce qu’il a appelé «  fragments littéraires » dans lesquels il raconte une partie de sa vie, ses promenades en Toscane dans la région de Séravezza. Il fait également son portrait et avoue que si il n’avait pas été peintre il aurait voulu être médecin ou prêtre. Tout ceci écrit à la plume d’une écriture fine, régulière et particulièrement élégante, dans un français merveilleux et sans rature.

          Elisa suivit donc les traces de son père et peint un autoportrait en 1839. Elle épousa en 1844 un français François Louis  Le Comte et donna naissance à une petite fille, avant de mourir prématurément le 5 décembre 1847.

            Après la mort de sa fille, Counis ne fut plus le même artiste, son talent se tarit, il se consacra exclusivement à l’église et à l’éducation de sa petite fille. Il mourut le 10 janvier 1859. Sa femme lui survécut jusqu’en 1873.

            Il est l’auteur d’un traité sur les émaux : « Quelques souvenirs suivis d’une dissertation sur l’émail sur la porcelaine et d’un petit traité à l’usage du peintre en émail » en 1842.

            Il a fait don de ses œuvres les plus importantes  et de l’autoportrait de sa fille à la Galerie des Offices à Florence.

Sélection de dessins à la mine de plomb ou à la plume et d’aquarelles composant l’album offert à Jean Bernard Sancholle-Henraux.

Marie Bernières-Henraux

            Elève de RODIN, Marie Natalie Charlotte Hélène Mouillesaux de Bernières devint une sculptrice réputée sous le nom de Marie BERNIERES-HENRAUX.

Rodin a-t-il rencontré les Sancholle-Henraux en Toscane lors de son voyage sur les pas de Michel Ange ? 

  Un dossier transmis par le Musée Rodin 25/04/2016 nous indique que Marie se lança dans la sculpture en 1905.  Une correspondance avec le musée permet de dire que le dossier « Bernières Henraux » comprend 111 documents qui concernent la correspondance de Rodin avec son mari probablement au sujet des commandes et livraisons.

  Ses  sculptures

Ventes  publiques

vente en 2019 de ‘L ‘enlèvement » surtout de table, argent à la cire perdue.

le 21 novembre 2019 Sophie Reyssat écrit un article sur cette vente dans la « Gazette Drouot.

en voici la teneur

Musée de Tours

Autoportrait Bronze doré don de l’artiste en 1932

                                                                               Musée de Toulouse

« Méduse »

                                                                                 Musée de Périgueux

La Comédienne   bronze        don de l’artiste en 1938

En 2017 le Musée d’Art et d’Archéologie du Périgord, le MAAP a présenté une exposition dédiée aux sculptrices en Périgord. On y trouva le buste « la Comédienne ».

Un article de Véronique Merlin Anglade ,Conservatrice en chef directrice du MAAP paru dans le n°21 de l’hebdomadaire « Famosa » nous donne une description du style de Marie Bernières-Henraux.

« Dans ce travail on trouve des oppositions de traitement de matière chères à Rodin, comme dans « La penséee », exécutée en 1895 (coll du Musée d’Orsay). Le visage lisse, penché, rêveur de Camille Claudel, son modèle, émerge du bloc de marbre non dégrossi.

Dans « la Comédienne », c’est le traitement du buste qui joue le rôle du bloc de marbre. Le traitement du visage, penché, rieur, d’une pensée intériorisée, donne alors tout son charme et toute sa séduction à l’actrice face au spectateur que nous sommes.

Trois autres sculptures sont présentes dans les collections publiques,…..une tête de « Méduse » travaillée dans le même esprit que « la Comédienne » et le portrait de son second mari, Monsieur Gaillard-Lacombe, daté de 1927. Son style s’est alors modernisé et se rapproche du travail épuré de l’époque. Pas de buste, juste le cou et la tête, l’homme est sérieux, recueilli, sans emphase.« 

Vous trouverez l’article qui lui est consacré, dans son intégralité, à la fin de ce travail.

Tête de jeune fille   marbre blanc  (don de  Mme Lachèze au MAAP le 20/01/2021)

Œuvre traitée dans le style du portrait de son mari.

Ses expositions

Articles de revues

L’Art et les artistes n° 152 1911

L’Art et les artistes n°39 juillet 1923

Sous certaines de ses œuvres vous pouvez lire : bronze à la cire perdue et on trouve même argent à la cire perdue pour « l’enlèvement »

Cette technique qui date de l’âge du bronze est utilisée pour créer des pièces uniques, ou de précision

explication simplifiée d’après Internet

1)  On fabrique la sculpture en cire. On y ajoute des petits cônes en cire, comme des entonnoirs qui permettront l’alimentation en bronze liquide et l’évacuation de la cire..

2)   On recouvre avec le plus grand soin,  le modèle et les cônes, de barbotine (argile liquide) dans leurs moindres détails car en séchant la barbotine conservera l’empreinte de la statue . De ce travail dépend la qualité de l’œuvre, il est donc particulièrement important.

      Quand la barbotine  est sèche, on applique une couche épaisse d’un mélange d’argile et de crottin, ou de bouses de vaches  ou de fibres végétales, pour éviter que la terre ne se fendille pendant le séchage et la cuisson. On perce quelques trous pour laisser évacuer l’air quand on coulera le métal. De nos jours on utilise  de l’élastomère pour fabriquer le moule et du plâtre ou de la résine pour la coque.

3) Une fois sec, le moule est placé près du feu, la cire fond et coule par un cône, elle n’est pas récupérable, on dit alors qu’ elle est « perdue ».

Le moule est ensuite cuit dans le feu pour éliminer complètement la cire et durcir.

4) Pendant ce temps on prépare le bronze (cuivre + étain).

5) On sort le moule du feu, on le cale  pour qu’il tienne droit et on y verse le bronze liquide par un cône.

6) On laisse refroidir, le temps dépend de la grosseur de la pièce. On casse le moule en terre, ce qui fait que l’œuvre est unique. Les matériaux modernes peuvent être réutilisables et on peut avoir plusieurs exemplaires.

7) On scie soigneusement les petits cônes sans abimer la pièce, on ébarbe, on ponce et  on polit.

Marie Bernières Henraux pendant la période 1914-1918

Pendant la guerre 14-18, Marie Bernières Henraux occupa un poste d’infirmière. On la voit ici, brassard au bras gauche, assise sur le rebord de la fenêtre. A droite de la photo on reconnait le Commandant Prieur dont elle exécutera le buste en Bronze qu’elle donnera au musée de Tours en 1932.

C’est à cette période qu’elle écrivit et publia un recueil de 5 nouvelles, « cinq rêves » écrit-elle dans une dédicace. Elle lui donna le titre de la dernière nouvelle du recueil « ‘Eridan « .

Deux nouvelles sont datées de 1918 et traitent de la guerre : « les canons et « la bombe ». Dans « le buste » elle traite de son travail de sculptrice et on peut, peut-être, y trouver une allusion à Camille Claudel …

Je possède l’exemplaire n°18 de la collection la plus simple -100 exemplaires de 24 cm X 18 cm tous numérotés.

Il existe un autre tirage avec une reliure plein maroquin cerise dont un exemplaire mis en vente en 2010 était estimé entre 70 et 100€.

Du 2 décembre 2016 au 27 février 2017 le Musée d’Art et d’Archéologie du Périgord, MAAP, organise une exposition intitulée « Sculptrices en Périgord 1876-2016/ 100 ans d’art au féminin.

Diaporama réalisé avec les photos des différentes revues et des photos personnelles.

Edouard Vuillard 1868-1940,  » Marie Bernières Henraux dans son salon »

http://www.pinterest.co.kr

Edouard Vuillard : peintre, dessinateur, graveur, illustrateur français, est un spécialiste des scènes d’intérieur intimistes. Ce tableau, une huile peinte en 1935 en est un magnifique exemple.

En 1920 il a peint un pastel intitulé « Madame Henraux », rien ne permet de reconnaitre Marie Bernières Henraux…..Il s’agit peut-être d’une épouse d’un des trois frères de son mari.

Sancholle-Henraux

        Partons de l’Histoire de France.

En 1805 Napoléon avait nommé sa sœur Elisa Bonaparte Bacciochi Princesse de Lucques. En 1806 Carrare fut rattaché à ses possessions. En 1809 Elisa devint Grande Duchesse de Toscane jusqu’en 1814. C’est elle qui donna son essor à Carrare, elle y établit une académie des Beaux-Arts destinée à accueillir les plus grands sculpteurs, et elle fit de Carrare un exportateur de marbres excellents.

Jean Baptiste Alexandre Henraux    

        Jean Baptiste Alexandre Henraux est né à Sedan en 1775,  de Jean Baptiste Henraux et de Catherine Jacquillon. Sa fratrie se compose d’une sœur et d’un frère Jean Baptiste Xavier °1778 à Sedan.

Il servit dans l’armée de Napoléon et apprécia particulièrement l’Italie.

Négociant à Paris, on lui proposa de superviser l’achat des marbres blancs de carrare pour les monuments français dès 1801. Il n’hésita pas.

C’est ainsi qu’il fut reçu à la cour de la Grande Duchesse.

Paul Marmottant, dans son livre « Les arts en Toscane sous Napoléon, la Princesse Elisa », nous permet d’en savoir plus sur ce personnage et ses démêlés avec l’entourage proche d’Elisa et de Napoléon, notamment avec   Hector Sonolet « un Français au demeurant très honnête homme, mais très défiant, très formaliste et susceptible, surtout très dévoué à la Princesse« . H Sonolet  soupçonnait J B A Henraux d’être malhonnête.  Il semblerait que par jalousie, il voulut lui faire enlever le transport des marbres d’ Avenza à Paris.

La triste fin de l’Empire arrangea- t-elle la situation de J B A Henraux ?

Toujours est-il qu’il conserva ses fonctions de commissaire pour l’acquisition et le transport des marbres sous Louis XVIII (Roi de France du 06/06/ 1814  au 20/03/1815 puis du 08/07/1815 au †16/09/1824). C’est lui qui envoya à Paris les blocs nécessaires pour les statues élevées à cette époque.

Associé avec Marco Borrini, Jean Baptiste Alexandre Henraux, ayant acquis une certaine fortune, signe avec lui en 1821, un contrat créant « la Société Borrini-Henraux » pour l’exploitation des marbres de Carrare du « Monte Altissimo ». Il se fixa à Séravezza

Le Monte Altissimo

Extrait de l’Album de▶▶▶ Salomon Counis offert à Jean Bernard Sancholle-Henraux -Archives privées

La montagne dite « Il bambini di Michelangelo »

Extrait de l’Album de Salomon Counis offert à Jean Bernard Sancholle-Henraux

Des deux hommes, seul Henraux tira les marrons du feu car la vie dépensière que mena Borrini le conduisit à la ruine.

En 1839, resté célibataire, il fait de son neveu Jean Bernard Sancholle, fils de sa sœur Anne Narcisse et de Jean Antoine Sancholle, né le 25 mars 1814 à Caujac (Haute Garonne), ingénieur civil, son légataire universel. Il  devient alors Jean-Bernard Sancholle Henraux. L’acte de naissance fourni par la ville de Caujac, Haute-Garonne, ne porte pas la mention marginale d’adoption précisée dans son acte de décès.

Napoléon avait chassé les souverains légitimes du Grand-Duché au profit de sa sœur. Le Grand-duché  renaît avec Léopold II (1797-1870) de la maison des Habsbourg Lorraine. Il y eut une vague d’anoblissements pour récompenser les personnes qui avaient  favorisé la réussite économique de la Toscane. C’est ainsi que J B A Henraux fut anobli à titre héréditaire,  le 17 juillet 1842 « pour avoir étendu l’industrie du marbre, pour le plus grand bien de la Toscane. »

Jean Baptiste Alexandre mourut le 26 avril 1843. Il est enterré à Seravezza dans la chapelle Henraux du Duomo, où on peut voir son buste en marbre blanc .

Dans les dernières pages de son livre « Les arts en Toscane sous Napoléon. La Princesse Elisa » Paul Marmottan ajoute une notte sur J B A Henraux, la voici.

Jean Bernard Sancholle-Henraux

            Jean Bernard constitua la société « Bernardo Sancholle Henraux et Compagnie » avec le soutien d’un financier français.

 En 1844 il obtient l’adjudication des marbres du tombeau de Napoléon qui sera terminé en 1861.

  Dans le « bulletin de l’alliance des arts » de 1844 dans « nouvelles et faits divers «  p165, on peut lire : 

« L’adjudication de la fourniture de tous les marbres nécessaires pour le tombeau de l’Empereur Napoléon a eu lieu au Ministère de l’intérieur en présence de la commission instituée à cet effet, et présidée par Monsieur Passy sous-secrétaire d’Etat. La soumission de monsieur Sancholle-Henraux a été acceptée. Monsieur Sancholle-Henraux possède de belles carrières de marbre d‘ Italie, et depuis plus de 20 ans la fourniture des marbres des gouvernements lui est pour ainsi dire inféodée, nous aurions voulu que les marbres des Pyrénées fussent employés, du moins en concurrence avec ceux de Carrare, pour le tombeau de l’Empereur. Répétons le gouvernement doit encourager l’exploitation des carrières de marbre que possède la France, il y aurait là économie et intérêt national. »

Elisa Counis fit son portrait à la mine de plomb en 1844.

  Le 27/01/1847 à Paris, il épouse Marie LENFUME de LIGNIERES         

Il partagea son temps entre Seravezza et le château de la Chute à Chanceaux sur Choisille en Indre et Loire. Sur les transcriptions d’actes de naissance de ses petits enfants, Marguerite, Lucien, Albert ,on peut lire qu’il est, Maire de la Commune, Chevalier de la Légion d’Honneur (ndlr décret du 12/08/1853), de Saint-Maurice et de Saint-Lazare d’Italie (17 février 1855). Pour la transcription de Maxime il n’est plus Maire ; il est décédé.

Transcriptions d’actes de naissance, pourquoi? Les petits enfants sont nés en Italie.  

I      

Château de la Chute à Chanceaux sur Choisille

            En 1846 la société devint « Société du Mont Altissimo », elle prospéra et Jean Bernard devint l’unique propriétaire. Il acheta la carrière Versilia et tout le Mont  Altissimo, là où Michel -Ange avait découvert en 1517 un vaste gisement de marbre destiné à la statuaire.

            Jean Bernard introduisit les innovations technologiques les plus pointues, permettant ainsi une augmentation considérable de la production. Le 28 avril 1881 Jean Bernard meurt à Florence. Il sera inhumé le 18 juin 1881 dans sa ville de naissance en Haute Garonne. Ses enfants Roger et Marguerite (mariée à Lucien Delattre) prennent la tête de la société qui devient « Héritiers Sancholle Henraux ».

 Héritiers Sancholle-Henraux

Roger (X Maria del Carme PLACCI) se partagera entre le Château de la Chute, Seravezza et  la via Magenta à Florence. On trouve également Marguerite et son mari à Chanceaux sur Choisille, à Seravezza et à Paris.

Le couple Roger et Maria Sancholle Henraux aura 5 enfants

Jean Bernard 1874/1931 à Chanceaux sur Choisille (Indre et Loire),dont on reparlera

Marguerite °14/03/1876 à Florence (Italie)

Lucien °21/10/1877 à Florence (Italie)

industriel et collectionneur, passionné d’automobile, peintre

† 1926 Le Perreux sur Marne

X 20 avril 1914 à Florence (Italie) avec Elisabetta de PICCOLELLIS

Ils auront deux enfants Nicole °1919 et Jean Louis °1920

Albert °12 juin 1881 à Seravezza (Italie) dont on reparlera

Max Ruggiero °18 janvier 1886 à Seravezza (Italie)

                       Roger meurt le 17/07/ 1890 à l’âge de 38 ans, son faire-part de décès indique  qu’ « après la cérémonie religieuse, son corps sera déposé dans les caveaux de l’église pour être transporté à Florence. ». Il laisse la gestion de la société à ses fils dont Jean-Bernard, qui deviendra en 1897 le premier époux de Marie Mouillesaux de Bernières.

C’est Lucien Delattre ( leur oncle) qui assure la direction, les enfants étant trop jeunes ( entre 16 et 4 ans).

Jean-Bernard Sancholle-Henraux époux de M N C H Mouillesaux de Bernières

A la mort de Lucien Delattre, la direction passe à Jean-Bernard qui suit les traces de son grand-père, apportant des améliorations considérables. La gestion familiale est maintenue jusqu’en 1921 puis tout se dégrada petit à petit.

          Jean Bernard est l’auteur d’un livre « Les Marbres, pierres, grés, granits de France » édité chez Henri Allez à Cambrais (L’art et les artistes n°85 de 1928).

            Jean-Bernard meurt le 29 mai 1931.

            Les Sancholle-Henraux restants se retirent et la société devient en 1936 « Société des Marbres Italiens Henraux » puis en 1940 « Société des Marbres Italiens ».

            En 1945 elle prit le nom de « Société Anonyme Sancholle Henraux », société par actions, au capital italien dirigée par les frères Cidonio.

Le célèbre magazine GEO dans son n°11 de janvier 1980, de la page 34 à la page55 présente un article intitulé « Carrare, Michel-Ange & Co ». Je vous conseille de le lire…..

Le jeudi 19 août à 7h05 sur ARTE, GEO reportage a présenté : « Toscane les carrières de marbre ». Guettez la rediffusion!!!!

Albert Sancholle-Henraux un des « Monuments Men »

X 21 janvier 1921 Paris 75008 avec Rosalie Renée Marie Marthe Louise  SANCHEZ TOLEDO 1886/1955

XX 26 août 1947 Paris 75016 avec Julie Louise Marie DELAROCHE-VERNET

† 11 décembre 1953 Chanceaux sur Choisille, 37390.

Après avoir participé à la guerre de 1914/1918, il fait carrière dans les musées.

          Diplômé de l’école des sciences politiques et célèbre amateur d’art il devient Président de la Société des Amis du Louvre de 1932 à 1953 et  président du Conseil artistique de la Réunion des Musées Nationaux. De novembre 1944 à décembre1949 il a présidé la commission de récupération artistique chargée de rapatrier en France les œuvres d’art, objets d’art et objets précieux, livres, archives et manuscrits spoliés et sortis du territoire par les allemands durant l’occupation autrement dit, il est un membre important des « Monuments Men ». Il travaillera  avec Jacques Jaujard et Rose Vallant dont  il fut le supérieur hiérarchique.

La « Fondation Munuments Men » nous explique le rôle considérable qu’il a eu pendant la seconde guerre mondiale :

« En 1944 Henraux est élu président de la récupération artistique, le groupe le plus responsable des enquêtes sur les œuvres d’art volées en France par les nazis. Dans le cadre de ses fonctions Henraux a supervisé les activités des agents de restitution français travaillant sans relâche en Allemagne pour localiser, identifier et organiser le retour en France de dizaines de milliers d’objets d’art français. Henraux et la Commission ont sélectionné certains des chercheurs et conservateurs d’art les plus motivés pour cette tâche, y compris Rose Vallland et Hubert de Brye, officiers des Monuments. Henraux a ensuite occupé le poste de directeur du Point de collecte d’Art recevant au Jeu de Paume à Paris, le centre de traitement de tous les objets restitués par les points de collecte MFAA en Allemagne »

C’et lui qui organisa la première exposition de quelques chefs d’œuvre retrouvés, à l’Orangerie des Tuileries de juin à août 1946.

J’ai pu trouver un exemplaire du catalogue et voici le texte de présentation écrit par Albert Sancholle-Henraux.

Archives J Galinat

Albert Sancholle Henraux devint après la guerre conservateur du Musée Condé de Chantilly et président du Conseil des arts des Musées nationaux. Il mourut en 1953.

Les frères  Sancholle Henraux et leurs épouses fréquentèrent Marcel Proust et rencontrèrent les impressionnistes à la galerie  Durand- Ruel.

Image mise en avant tirée de https://blog.francetvinfo.fr/: Le marbre, l’or de Carrare par Alban Mikoczy 

Auguste Mouillesaux de Bernières

           

Il naquit le 26 mai 1848 à Varennes les Nevers, aujourd’hui Varennes-Vauzelles dans la Nièvre. Son père Jacques Philippe Mouillesaux était âgé de 35 ans et sa mère Louise Delphine Nathalie de la Rouvrages (on trouvera parfois de Rouvrayes) de 29 ans. L’acte de naissance porte la signature du père.

            Il est inscrit sous le nom de Mouillesaux uniquement. C’est un jugement du tribunal civil de Versailles du 18 juillet 1874 qui l’autorisera à ajouter de Bernières.

            On trouve à la Bibliothèque Nationale le détail suivant « La noblesse de France et les anoblis de la République, liste complète des familles pourvues de noble parure par le Conseil d’Etat de 1870 à 1906 : … Mouillesaux de Bernières Jacques Auguste Charles, interprète attaché à l’administration des douanes impériales chinoises.»

Il figure dans l’Annuaire de la Noblesse dès 1875.

Il est « nommé Chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 14 décembre 1900, rendu sur le rapport du Ministre des Affaires Etrangères« , dossier disponible sur le site internet des Archives Nationales, base Léonore.

ll sera décoré le 21 mars 1901 par L.E.  Bouillat, ancien Ministre Plénipotentiaire.

Les pages (extraites du dossier) qui  vont suivre vous donneront le déroulement de sa carrière au service des Douanes.

Personnel étranger des Douanes impériales maritimes chinoises 1877 ou 1878. n° 6 Auguste Mouillesaux de Bernières

members.tip.net.au/~phodge/CIMC Photo Gallery.htm

Sur l’acte de mariage de sa fille avec J B Sancholle Henraux il est domicilié à Rochecorbon (Indre et Loire).

            Il fut le propriétaire dans cette Commune du Château de Villeseptier de 1900 à son décés subit à Rochecorbon le 30 avril 1917. Dans son dossier de demande de la Légion d’Honneur, on trouve un document du 27 mars 1901 dans lequel au dessous de sa signature, il indique son adresse : « Château de Villeseptier »

            Veuf depuis 1897, il contracte un second mariage. Son épouse Matie, née en 1849 à Paris, est recensée avec lui à Rochecorbon en 1911. Matie devenue veuve logera au « Grand Mauléon » à Rochecorbon, de 1924  à 1932/1933 environ.

Il est l’auteur de livres en chinois : Leçons progressives pour l’étude du Chinois parlé et écrit, publié à Pékin en 1886 et Langue chinoise, petit guide de poche à l’usage des maîtresses de maison. (Tours. Alfred Mame et fils)

            Il fut un photographe amateur de talent, tout comme sa femme. Il prit de nombreuses photographies, souvent  professionnelles. La plus grande partie de ses œuvres relatives à la Chine a été donnée par sa fille à la Société de Géographie en 1930.

            Il est aussi un dessinateur et aquarelliste de  grand talent. J’ai eu le privilège de pouvoir photographier une collection de dessins à la mine de plomb et des aquarelles que possédait une descendante d’un des héritiers de sa fille. Elle a vendu ces albums depuis.

Il signera ses oeuvres « amb », certaines seront datées et le lieu précisé.

            Sur la couverture de son Album d’aquarelles, (23cmx18cm) on remarque une couronne de marquis.  Ces aquarelles, il les a peintes lors de son séjour en Chine en 1879. Elles mesurent 9.5cm x 6.5cm  et ce sont de petites merveilles.

Les dessins à la mine de plomb ainsi que quelques aquarelles les accompagnant, ont pratiquement tous 26cm x 20cm. Eux aussi sont souvent datés et portent les indications du lieu.

Il décède le 30 avril 1917 ses obsèques seront annoncées dans « le Figaro ».

C’est son gendre qui en informera le Grand Chancelier de la Légion d’Honneur par cette lettre. ci-dessous. Il indique les décorations reçues par A Mouillesaux de Bernières.

Un trésor inestimable

Dans son numéro 56 de 2006 voici comment la revue « Le Festin  » annonce ce trésor!

et maintenant le voici :

un primitif italien du Trecento de Simone di Filippo, dit Simone de’ Crocefissi

Extrait du catalogue de l’exposition du musée des Beaux -Arts de Tours

Saint Geyrac concerné par une telle merveille ?

Marie Bernières- Henraux devenue par son second mariage Madame Gaillard-Lacombe meurt le 30 janvier 1964. Le 31 janvier, le Notaire ouvre le testament du 12 février 1958.

Les héritiers sont au nombre de 5, plus sa fille Simone qui, du fait de son handicap profond est représentée par un administrateur judiciaire.

 Un des héritiers reçoit à la prisée du 28 avril 1964   dans l’appartement loué à Périgueux,  tous les objets mobiliers, bijoux, argenterie, tableaux, effets nets de frais et de droits.

Y figure au « n° 156 un panneau couronnement de la vierge 1000f »

Toutes les revues indiquent que c’est Madame Gaillard-Lacombe qui en a fait don. Ce document tend à prouver que ce panneau est arrivé à Saint Front par l’intermédiaire d’un héritier.

Peu importe, il est allé entre de bonnes mains qui l’ont amené à être classé au titre des Monuments Historiques le 27 mars 2000.

Il fut exposé au Musée des Beaux Arts de Tours lors d’une exposition intitulée « Autour de Lorenzo Veneziano-Fragments de polyptyques vénitiens du XIVe siècle »  du 22 octobre  2005 au 23 janvier 2006.

Il y est présenté ainsi :

Simone di Filippo, dit Simone de’ Crocefissi

Bologne. Actif à partir de 1355. Mort en 1399

Le couronnement de la vierge

Tempéra et or sur bois ( peuplier) ( ndlr -tempéra : le liant des pigments est une émulsion à base de jaune d’œuf)

H0.895m    L 0.497m

Inscription Monuments Historiques le 27 mars 2000

Périgueux Cathédrale Saint Front.

La revue « Le Festin » n°56 nous donne quelques renseignements importants sur :

Simone de’Crocefissi

 » Ce maître du Trecento (ndlr- XIVe siècle) est l’auteur d’un autre « couronnement de la vierge » analogue, aujourd’hui conservé en Italie dans une collection particulière, de Turin. S’il existe de nombreuses similitudes entre ces deux peintures caractéristiques d’une production en série de ce type d’œuvre, les variantes rencontrées, notamment dans la disposition des anges, montrent l’habileté du peintre à se répéter sans en donner l’impression. Marqué par une veine narrative et la puissance expressive de ses figures, son art revêt des influences vénitiennes comme la frise de chérubins peints dans un camaïeu de bleu. »

Les secrets révélés par sa restauration

« La restauration légère entreprise en amont de la présentation du panneau à l’exposition de Tours a été l’occasion d’intéressantes découvertes. Le tableau décadré a révélé des dimensions différentes de celles d’origine. Recoupé à deux reprises, il conserve un repeint postérieur vraisemblablement du XVIIIe siècle, qui représente des angelots de belle facture habituellement masqués par les écoinçons du cadre(ndlr 1). Si le panneau de bois a souffert des nombreuses attaques d’insectes et que les dorures sont en grande partie usées, la couche picturale et les coloris restent d’une fraîcheur rare pour une pièce ancienne. Cet état de conservation remarquable en fait une œuvre exceptionnelle du patrimoine aquitain et même sur le plan national.

Une telle abondance d’or dans l’œuvre de Simone dei Crocéfissi mérite d’être soulignée. Elle est peut-être à mettre en relation avec l’importance éventuelle de son commanditaire ou du lieu pour lequel ce panneau a été peint »

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« Le couronnement de la vierge » fut confiné deux fois 

Une première fois à Saint Geyrac

Avant de se retrouver dans l’appartement de Périgueux où Madame Gaillard-Lacombe passa les dernières années de sa vie, il logea au château de Montferrier. Sans doute y tenait-elle beaucoup et connaissait-elle sa provenance, gage de son importance pour le faire suivre avec elle.

 Pendant la guerre de 1939-1945 le couple Gaillard-Lacombe se retira dans un hôtel à Brive .

Le Primitif italien ainsi que les bijoux restèrent  à Saint Geyrac, confiés au régisseur qui devait leur trouver une cachette. Les bijoux enfermés dans une boite furent enterrés au pied d’un arbre.

Mais comment cacher le tableau ? 

Joseph Coulaud démonta une petite partie du plafond dans les communs à côté du château. Il enveloppa confortablement son trésor dans de vieux chiffons et le glissa entre le plafond et le plancher . Il reboucha le trou, ni vu ni connu !

Le tableau dormit ainsi jusqu’à la libération. La cachette était excellente, à l’abri de la lumière et au sec !

La seconde à Périgueux

Il fut exposé en juin 2006 au musée de Périgueux puis mis sous clef.

Pour des raisons de sécurité l’évêché le laissa au musée en attendant qu’on installe pour lui, dans la cathédrale Saint Front un local spécialement aménagé pour sa sécurité et sa conservation.

Pour lui rendre visite dans les réserves du musée, une autorisation de Monseigneur l’Evêque  de Périgueux et Sarlat était nécessaire.

Le voici dans sa boîte sécurisée, présenté à ses deux « groupies » captivées par les explications.

Photo de Peggy Faure, assistante de communication du Musée du Périgord, prise le 25 05 2016. Photo qui m’a été aimablement offerte.

Il est installé depuis peu dans sa demeure définitive de la cathédrale . Je vous conseille vivement de lui rendre une petite visite.

Comment est-il arrivé entre les mains de Madame Gaillard-Lacombe ?

Il était sans aucun doute dans la corbeille de mariage du couple Gaillard-Lacombe et provenait de l’héritage Sancholle-Henraux au décés de Jean-Bernard premier époux.

Et avant ? J’ai envisagé plusieurs hypothèses ; voici la dernière qui peut varier encore au fil des recherches jamais closes.

Plantons le décors ! Nous sommes sous  Napoléon Ier, en Italie .

Les personnages

La sœur de l’empereur, Elisa, nommée Grande Duchesse de Toscane en 1809 .

C’est elle qui donna son essor à Carrare, elle y établit une académie des Beaux-Arts destinée à accueillir les plus grands sculpteurs, et elle fit de Carrare un exportateur de marbres excellents.

Elle y resta le temps de la gloire de son frère. Elle quitta précipitamment la Toscane en 1814 et mourut en 1820.

Jean Baptiste Alexandre Henraux, (1775-1843) ex officier de Napoléon,

Négociant à Paris, il fut chargé de superviser l’achat des marbres blancs de carrare pour les monuments français. C’est ainsi qu’il fut reçu à la cour de la Grande Duchesse.

Le Point de départ possible

Le pillage organisé des œuvres d’art par Napoléon!

            Quand on parle de rapt d’œuvres d’art, on pense à notre époque contemporaine. On pense à Hitler. Mais Napoléon en Egypte, Italie, Espagne et ailleurs pilla sans vergogne.

           Les Français, paraît-il, se seraient comportés un peu mieux en Toscane qu’à Milan ou à Palerme, Rome  ou Venise . Ils n’auraient pillé  que le palais du Grand Duc !

            Paul Marmottan (1856-1932), auteur, historien, critique d’art, collectionneur et mécène nous dit : «  A la bibliothèque du Vatican, les commissaires français avaient pris 500 manuscrits, à Florence ils en enlèvent un seul. »

Au Palais  Pitti où Elisa s’est installée  on décroche 63 tableaux dont 53 pour le Louvre mais 7 se perdirent en route !

On  peut penser que le panneau était dans le groupe des 7 et probablement gardé par Elisa.

Après son départ précipité, les biens d’Elisa furent mis en vente et le panneau a pu être acheté par Jean Baptiste Alexandre Henraux.

Mais J B A Henraux pouvait aussi s’en emparer sans passer par la case Elisa…

Le Primitif, par héritages successifs au sein de▶▶▶ la famille Sancholle-Henraux, échoua chez le couple Bernières Henraux et revint à M N C H Mouilleaux de Bernières lors du décès de son mari.

Il lui revint également un magnifique album offert à Jean Bernard Sancholle-Henraux par Salomon Counis, le peintre attitré de la grande Duchesse Elisa qui porta le titre de « peintre en émail de la cour« .