La Gélie

                Quand on se penche sur le dénombrement de la population de La Douze on constate que le hameau de La Gélie n’apparaît qu’en 1866. Pourtant nous avons l’habitude à Saint Geyrac de trouver le nom de La Gélie associé à notre Histoire.

                A l’origine, il s’agit d’un hameau  sur la commune de Saint Félix de Reilhac  berceau de la famille Lacoste Lagélie qui donna des épouses dans certaines familles de notables de Saint Geyrac, à commencer par le Seigneur Jacques Delpy de Saint Geyrac qui épousa Madeleine Lacoste Lagélie en 1686.

                Le dénombrement de St Felix de Reilhac de 1861 nous indique que la Chartreuse de la Gélie est occupée par Joseph Sarlandie de la Robertie et son épouse Victorine née Lacoste Lagélie.

                La Gélie, de La Douze est donc un nom récent attaché à la construction de la ligne de chemin de fer Périgueux Agen mise en service en 1863, dont les 150 ans  en 2013, furent célébrés en grandes pompes. Un ouvrage d’art souterrain  de plus de 300m a été construit  et a pris le nom de Tunnel de La Gélie  parce que sa sortie sud se trouve sur la Commune de Saint Felix  au niveau de la Chartreuse de La  Gélie. Le lieu de construction de la gare prit tout naturellement le nom de « gare de La Gélie ».

              Dans le dénombrements de la population de La Douze de 1866 se trouvent recensés un aubergiste, sa femme et leur fille, puis les employés  de la gare : le chef de station et sa famille (3 personnes) et le chef de gare.  Au dénombrement de 1936 il y a 30 personnes occupant 7 maisons.

Petit à petit le hameau s’étoffera, l’aubergiste ajoutera  un petit négoce de produit frais locaux et de volailles.

On y trouvera un maréchal ferrant (1901) et son épouse tailleuse, puis un boulanger.

Marc de Saleneuve comprend tout de suite l’intérêt des abords d’une gare, même, isolée comme celle-ci. Il trouve un associé et  installe une usine de conserves. Il  propose une gamme de produits supérieurs  fabriqués avec la production  sur place : fruits et légumes mais aussi volailles, ainsi que les cèpes et les truffes… Voici une publicité dans un « journal de l’association médicale mutuelle 10/11/1905 ».

Son entreprise sera reprise  Par Mr Laronze .

D’autres commerces s’installeront, un commerce de bois et un réparateur de cycles et motos. On y trouvera « l’Hôtel- restaurant de la gare »  qui se nommera un temps « Hôtel d’Angleterre ».

Bien que La Douze possède une gare aux Versannes, celle de La Gélie vit affluer des voyageurs des communes environnantes qui se rendaient aux différents marchés et foires.

Le Conseil Municipal de Saint Geyrac fait le constat suivant dès 1864.

Transcription :

« Considérant que les réparations des chemins vicinaux ordinaires sont urgentes et que le chemin de grande communication n°7 a besoin de peu d’entretien d’après les travaux dont il a été l’objet l’an dernier et d’après le nombre décroissant des voyageurs qui le parcourent depuis l’établissement de la station de La Gélie ; »

Même constat en 1865 et 1867.

La gare avait en plus des voyageurs, une activité de marchandises. Outre l’expédition de denrées alimentaires, celle de bois, de scieries  et de vanneries prirent une place considérable dans son activité.

Cette vannerie fabriquée à partir du châtaignier qui couvre nos forêts, occupait une place très importante dans l’artisanat  local, particulièrement à Lacropte. Les paniers sont expédiés au départ de la gare de La Gélie à destination de la capitale.

Les noms attribuée à la place de la gare et aux routes y accédant en cette année 2021 sont explicites.

On est accueilli par cette plaque à l’entrée de la place devant la gare. Le bâtiment  a été vendu et sert d’habitation privée tout comme beaucoup d’autres  petites gares.

On accède à cette place par la route des feuillardiers…

Les habitants de La Gélie et de  nos hameaux les plus proches, la Taleyrandie et Landrevie, organisèrent dès le début des années 1930 une fête annuelle au mois de juin. Elle disparaîtra avec le déclin du hameau dû au déclin du transport ferroviaire.

                 Ce coin isolé pourvu d’une voie ferré  sera repéré par les groupes de résistants de la guerre 39-45, particulièrement nombreux dans notre région.  Une fois  la voie sabotée il était très facile de se perdre rapidement dans la forêt.

Les « roulants » de Périgueux dont mon père François Galinat, redoutaient le passage du tunnel de La Gélie, surtout quand ils  « faisaient le détail »  c’est-à-dire un train de marchandises.

Une nuit le « passage du trou »  fut dramatique, il «sauta avec sa machine » !

Sa locomotive  qu’il conduisait avec pour chauffeur  Robert Lesné, était en double traction. Celle de tête  était conduite par un autre mécanicien et son chauffeur Mr Faurel. Nous connaissions bien Robert Lesné et Mr Faurel qui venaient souvent à la maison.

La bombe posée par les maquisards  dans le tunnel, éclata  sous le « tender » de la première locomotive. Le mécanicien et son chauffeur furent  grièvement blessés. Mr Faurel  eut une jambe prise entre le tablier et la plateforme, de la locomotive.

 Son fils vint à la maison  donner des nouvelles dès le matin. Mon père était rentré sans bruit et se reposait. C’était un taiseux…il n’avait pas jugé bon d’en informer sa femme, pour ne pas l’inquiéter. Le fils Faurel expliqua donc les évènements de la nuit à ma mère, devant nous les 3 enfants. Il me semble me souvenir qu’il disait « qu’on avait coupé le pied ou la jambe de son père ».

Ce dont je me souviens c’est  qu’il  ne « remonta plus sur les machines ».

Les occupants de la seconde locomotive, mon père et Robert Lesné  furent très choqués et eurent de graves séquelles auditives.

1962

François Galinat portant sa petite fille Véronique et Robert Lesné  …ils sont à la retraite. Ils avaient repris du service pour  conduire ce vieux modèle de locomotive à vapeur lors d’une manifestation à Périgueux.

1955

François Galinat debout devant « sa locomotive »  avec son chauffeur  Albert  Tarche.

C’est  avec une locomotive semblable à celle-ci que François Galinat et Robert Lesné  « sautèrent dans le trou »  de La Gélie pendant la guerre.

Sources

Archives départementales de la Dordogne

Bibliothèque Nationale

Archives privées.

Une réflexion sur “La Gélie

  1. Ping : Desmaison de la Taleyrandie – Saint-Geyrac en Périgord !

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