III Guillaume Delpy de Saint Geyrac

Image mise en avant : Fichier Bossu de la BNF : fiche d’appartenance maçonnique de Guillaume Delpy de Saint Geyrac

Officier du régiment de Beaujolais.

Il est né le 31 mai 1714 à Périgueux, Saint-Front.

        « son parrain : Jacques de Labrousse écuyer, vérificateur pour le diocèse de Sarlat, subdélégué de l’Intendant de Bordeaux a tenu à sa place Jacques Delpy seigneur de Saint Geyrac ,receveur des tailles de Périgueux.(son grand-père)
sa marraine : Magdeleine Lacoste épouse du Seigneur de Saint Geyrac ( sa grand-mère) et a tenu à sa place Anne de Salleton dame Delpy de la Roche. »

Il se marie avec Marguerite Hélène de MOSNIER, fille de Jean de MOSNIER et de Marie CHILHAUD DES FIEUX, le samedi 6 mars 1745 à Bordeaux (33000) – Sainte Croix.

Guillaume est noté dans la promesse de mariage enregistrée le 4 mars 1745 « seigneur de Saint Geyrac coseigneur de Rouffignac »

 Sur l’acte de mariage on peut remarquer la présence de « Jean de Chillaud des Fieux chevalier seigneur comte de Soumensac conseiller au Parlement de Bordeaux »

Marguerite est veuve d’Ardoin de Ségur Montal (assez difficile à déchiffrer). Elle est fille de Jean de Mosnier conseiller au parlement de Bordeaux  X en 1710 avec Marie de Chilhaud des Fieux .

Marie est la fille de Jean de Chilhaud des Fieux, chevalier (°1660), seigneur de Parenchères et de Marie-Esther Richard (ou Pichard).

La famille de Chilhaud des Fieux et le château de Gorce

C’est une famille ancienne du Périgord, anoblie en 1584, maintenue en 1666 et en 1698. Les membres portent les titres de comte, baron, seigneur de….et surtout habitent le château de Gorsse (Gorce) dans la paroisse de Sainte Eulalie de Puyguilhem aujourd’hui Sainte Eulalie d’Eymet. Le château n’existe plus.

En 1877 Léo Drouyn écrit   un  essai généalogique sur la famille de Puch, famille dans laquelle la fille de Guillaume et de Madeleine entrera par mariage le 13/11/1771 justement dans la chapelle du château de Gorce.  Il écrit même que Jacqueline Delpy de Saint Geyrac était «  la fille adoptive de  Jean Front (j’ai aussi trouvé Fronton) de Chilhaud  comte de Soumensac » ! Probablement celui présent au mariage de ses parents

Dans «  Périgord des nobles Bourgeois au XVIIIème » de Gontran du Mas des Bourboux,  on peut lire :

« Delpy de Saint Geyrac, renonciation à la bourgeoisie de Périgueux le 29 juillet 1735 ; SR 1775« 

 SR = service du roi. Il était militaire C’est peut-être une indication qui nous permet de  dire qu’il était dans le deuxième régiment de Beaujolais de 1768 à 1791.

Guillaume Delpy de Saint Geyrac et la Révolution

Le XVIIIème siècle que Guillaume traversa presque entièrement puisqu’il naquit en 1714 et mourut en 1792, est  appelé siècle des lumières.

Ce fut un siècle de grande curiosité scientifique. Sous l’influence des écrits des philosophes Montesquieu, Rousseau, Voltaire, des idées nouvelles se répandirent parmi la noblesse « éclairée » et la bourgeoisie. A  Périgueux se développèrent à partir de 1761 plusieurs loges maçonniques. De 1781 à 1789 on en comptait trois.

Guillaume Delpy de Saint Geyrac fit partie de ‘l’Anglaise de l’Amitié » et figure dans le tableau en 1774. On y apprend qu’il s’est retiré sur ses terres.

En 1782, afin de rassembler les anciens militaires périgourdins et les officiers il fonda avec d’autres nobles officiers  la loge du « Point de Réunion ». Il figure dans le tableau accompagnant la demande de constitution de la loge : « Guillaume Delpy de Saint Geyrac, ancien officier du régiment de Beaujolais, affilié à la loge  «l’ Anglaise de l’Amitié » »

Cette loge aura beaucoup de mal à s’installer puis à fonctionner. Elle cessera toute activité en 1786.  Et notre Delpy aussi !

Malgré son caractère humaniste cette noblesse n’acceptait que du bout des lèvres l’idéal des philosophes et faire partie de la franc-maçonnerie ne signifiait pas qu’on acceptait  toutes ses valeurs à commencer par celles d’égalité et  de république.

Au cours de l’automne 1789 et jusqu’en 1790 les campagnes vécurent des états de révolte en témoigne ce qu’il se passa à Saint Geyrac le 2 février 1790 jour de la Chandeleur.

La Sénéchaussée et le présidial de Périgueux sont saisis de la requête suivante : «  partie publique contre des habitants accusés de transporter des armes  chez différents particuliers, les mettant à contribution avec attroupement et menace d’incendie. 

Voici le témoignage de  Paignon et  Martin, les deux brigadiers de la maréchaussée  effectuant une tournée dans les parages de Saint Pierre de Chignac : « ayant appris par la voye publique….qu’il y avait dans la paroisse de Saint Geyrac, un attroupement de gens armés…nous nous sommes  transportés dans la paroisse de Saint Geyrac et chemin faisant, nous avons rencontré 3 ou 4 particuliers  armés de bâtons »  qui s’y dirigeaient

Que s’est-il donc passé …

Le vendredi  précédant la Chandeleur, 400 habitants de Plazac et Fleurac, armés de fusils, sabres et épées  réunis à Rouffignac décidèrent pour le dimanche suivant de se rendre à Saint Geyrac, pour savoir si « tout était en règle et les girouettes à bas ».Le « commandant de la milice bourgeoise » prévint le curé et  donna des consignes : « n’insulter personne ,n’entrer dans aucune maison »

Le groupe « 500 à 600 personnes » et le commandant arrivant au bourg, se trouvèrent en présence de Monsieur Lavidalie et du juge de Saint Geyrac, qui les dirigèrent dans un pré  sans doute au-delà  notre lavoir qui n’était qu’une source marécageuse,  où les attendaient  « 2 barriques sur une charrette et plusieurs tourtes ».

Les consignes furent respectées d’autant que les girouettes du château étaient « à bas ».Les contestataires se retirèrent  après avoir constaté « devant la porte de l’église, un arbre ….baptisé mai de joy .La simme est faite en forme de potence, en y ayant attaché deux mesures de blé, la razoire, un sac, un  écriteau et une plume avec cette inscription ; « quittance finale des rentes », ainsi que la girouette de Monsieur de Saint Gérat ». On invita les habitants de Saint  Geyrac à venir à Milhac.

Paignon et Martin se dirigèrent  alors vers Montferrier pour rendre visite à Guillaume Delpy de Saint Geyrac. Il le trouvère abattu et inquiet. Il se détendit quand les deux hommes l’assurèrent qu’ils n’avaient vu personne et qu’ils avaient constaté seulement la présence d’un  mai de joy décoré. Monsieur de Saint Geyrac leur expliqua qu’il avait préféré «  descendre sa girouette et renvoyer ses mesures et une barrique de vin vieux  à la première demande qui lui avait été faite de tout  que de s’exposer  à voir son château au pillage. »

Sur le chemin du retour  Paignon et Martin entendirent le tocsin  sonner dans les paroisses voisines.

Le 25 ou le 26 février on revient à Saint Geyrac !!

            « 600 personnes, une avant-garde d’environ 8 hommes dont 4 menuisiers leur hache sur l’épaule, tous de Rouffignac se présentèrent devant l’église pour voir si tout était dans l’ordre indiqué. Tout était en règle, il n’y avait pas de girouette sur les châteaux et maisons nobles. Le may était conforme à leur ordonnance .Comme Monsieur de Lavidalie1 et Monsieur de Saint Geyrac  qui était descendu de Montferrier  avaient fait mener sur la prairie 2 pièces de vin, que le curé avait fait apporter du pain » la troupe mangea. Le chef rendit visite au curé, et dîna avec lui, pour le rassurer.

1 François Reynaud Sieur de La Vidalie, Sieur de Giverzat

            Guillaume Delpy de Saint-Geyrac  avait raison de s’inquiéter de ce mouvement égalitaire car il  dura bien jusqu’au cours de l’été 1793. Il cessa  quand la Convention décréta l’abolition totale, sans indemnité, des droits féodaux.

Guillaume Delpy mourut le 13 novembre 1792 à Saint-Geyrac, à l’âge de 78 ans.

   • « « Le 13 novembre 1792 a été enterré le Citoyen Guillaume Delpy de Saint Geyrac par Terme curé de Milhac » »peut-on lire sur le registre d’état civil.

les enfants de Guillaume

  1. Jacqueline DELPY de SAINT GEYRAC, qui suit en IV

2) Marie DELPY de SAINT GEYRAC.

Elle est née en 1747 à Saint-Geyrac (Dordogne). Elle est décédée le même jour dans la même localité, à l’âge de moins d’un an.

    3) François DELPY de SAINT GEYRAC, militaire au régiment d’Agenois.

Il est né le 26 septembre 1749 à Périgueux, Saint-Front. Il est décédé le 3 novembre 1779 à Saint Domingue, à l’âge de 30 ans.

Dans l’acte de mariage de Jacqueline Delpy de Saint Geyrac sa sœur, en 1771, il est témoin et inscrit « chevalier, lieutenant au régiment de Béarn, infanterie ».

En 1779 lors de son décès il est « lieutenant au régiment d’Agenois ».

Ce régiment d’infanterie  d’Agenois fut créé en 1776  à partir de deux bataillons du Régiment de Béarn.

Voici l’acte de décès de François dans la ville du Cap sur l’île  de Saint Domingue.

ANOM, état civil de Saint Domingue, le Cap 1779

« Le trois novembre mil sept cent soixante et dix-neuf a été inhumé au cimetière de cette paroisse le corps de Messire François Delpy de Saint Geyrac lieutenant au Régiment d’Agenois décédé aujourd’huy, âgé d’environ trente ans né à Périgueux muni des sacrements de l’église ont été témoins…. » suivent plusieurs signatures.

Saint Domingue fut  une colonie française de 1626 à 1804, date à laquelle elle devint indépendante sous le nom d’Haïti.

 En 1779 (nous sommes sous Louis XVI)  c’était  une colonie où stationnaient d’importants régiments dont celui de François Delpy de Saint Geyrac. Le but de cette concentration était de soutenir la guerre de l’Indépendance de l’Amérique.

 L’année 1779 fut particulièrement active. Le 15 août un contingent part du Cap sous les ordres du Comte Charles Henri Théodat d’Estaing (sa signature est en haut à gauche de l’acte de décès).

Le 12 septembre débarquement en Géorgie  aux environs de Savannah.

Du 24 septembre au 9 octobre 1779, le contingent fait le siège de Savannah qui se solde par une défaite.

François Delpy y a-t-il participé, est-il décédé des suites de ses blessures à son retour au Cap ?

Parmi les signatures on peut aussi distinguer  « De Püs », orthographe de De Puch que j’ai souvent trouvée, notamment dans l’acte de mariage de Jacqueline la sœur de François avec Pierre Henry de Puch. Est-ce un membre de cette grande et vieille famille De Puch ?

       

        4) Jacques DELPY de SAINT GEYRAC, Chanoine en la Cathédrale Saint Front de Périgueux.

        Jacques DELPY de SAINT GEYRAC voit le jour le mardi 15 décembre 1750 à Périgueux – Saint-Front.  Il quitte le diocèse de Périgueux et devient, dans l’Hérault, vicaire général du diocèse de Saint Pons  et abbé commendataire de Saint Chinian .  La Révolution le dépossède de ses revenus.  Réfractaire on le retrouve exilé en 1794 en Espagne. C’est lui qui perdra l’hôtel particulier de Périgueux.  En 1811, un document des Archives de la Dordogne nous apprend qu’il est aumônier de son altesse la princesse Borghèse et qu’il habite à Paris 53 rue du Bac. Jacques DELPY de SAINT GEYRAC est décédé le jeudi 4 mai 1826, à l’âge de 75 ans, à Paris (75000) – 53 rue du Bac.  Ses obsèques furent célébrées le surlendemain en l’église paroissiale de Saint Thomas d’Aquin.

     5) François DELPY de SAINT GEYRAC.

Il est né en 1755 à Périgueux, Saint-Front.

Que sont devenues ces deux écoles?

Photo mise en avant: fenêtre à meneaux (Mme Galinat)

Ecole n°1

La partie Dougnac

Pour la partie Dougnac, voici son histoire rapidement : Marie Montauriol veuve Dougnac meurt à Saint Geyrac le 10 septembre 1898 et c’est son fils Léonard né le 22 juillet 1852 à Saint-Geyrac qui hérite. Cette partie de la belle et grande maison  sera vendue par un descendant Paul Dougnac dans les années 1935-36 à André Auzy notre dernier Maréchal ferrant. Elle appartiendra ensuite à un couple d’anglais, les Steddon. Mr Steddon décèdera subitement et la maison sera vendue à un membre de la famille d’un habitant de notre commune.     

André Auzy (1902-1979) en 1975

 Ci-dessus  : La maison actuelle, la partie qui appartenait à Marie est en travaux. Sur la façade le partage est apparent : c’est la gouttière.

La fenêtre à meneaux

 Profitons-en pour parler de l’architecture des maisons de notre bourg, celle que nous avons actuellement s’est constituée entre la 2ème moitié du XVIIIème et le début du XXème (1750-1930). Les constructions dans le bourg, murs et toits ne peuvent pas avoir beaucoup plus de deux siècles.

Une fenêtre à meneaux date du XVIème siècle ; c’était souvent un remploi provenant de la démolition d’un château et posée après la révolution.

En revanche cette maison serait plus vieille, elle aurait probablement été la résidence du représentant du seigneur de La Douze dans la paroisse. Les fenêtres à meneaux, la mention de la porte cochère, l’épaisseur des murs dans la cour de Madame Monzie, tendraient à nous faire pencher pour cette idée. Il nous faut trouver la confirmation dans des documents !

Voici l’intérieur en 2015. On remarque à gauche le siège permettant d’observer tranquillement ce qui se passe dehors il conforte l’idée d’une maison très ancienne. Il devait y en avoir une autre sur la façade « Monribot ». Elle a été brisée et bouchée. Aujourd’hui les nouveaux propriétaires ont rendu la vie à celle de Marie Dougnac.

La voici avec ses vitraux.

Voici rapidement l’histoire de la partie Monribot.

Bertrand (dit Jean) Monribot décèdera le 12 mars 1897 à Saint Geyrac. C’est son fils Pierre °1849 époux de Marie Dupuy qui garde la propriété. Ils auront plusieurs enfants dont Justin °1886 et Marthe  °1889.

Marthe épousera Jean Narci dit Narcisse  Queyroy en 1911 et partira vivre à Milhac. Elle sera veuve de Guerre en 1915 et rentrera début 1916 à Saint Geyrac chez son père avec deux enfants. Au décès de son père elle héritera  et laissera à son tour la propriété à son décès en 1933 à sa seule fille vivante Blanche. Blanche célibataire décèdera en 1991 sans héritiers directs. La propriété reviendra à une descendante de Justin.

Ecole n°2

Transcription du procès verbal

Procés verbal des habitants du tiers état de la paroisse de St Geyrat pour la nomination des députés. AD microfilm  6C12

Dans la marge : paroisse de St Geyrat- députés Pierre Brassat sieur de Meynor –François Desmaisons-166 feux

Page 1 Aujourd’huy sixième du mois de mars mille sept cent quatre-vingt-neuf au Bourg de St Geyrat en périgord, en assemblée convoquée au son de la cloche, en la manière accoutumée, sont comparus au presbytère de ce lieu, par devant nous Marc Martini sieur de Lagoufini juge de la présente juridiction, savoir Léonard Beaupuy sonneur de cloches, François Loubiat sieur de Fortis, Guillaume  Chumon tisserand, Guillaume Giraudou laboureur, Martial Caliavet, Jean  Reyen, Thoni Lacombe journalier, Martial Calliavet, Jean Lacombe, Joseph Montauriol, Pierre Plazanet, Pierre Delage dit Fayoulet, Jean Caliavet, Pierre Boudit dit Marguissou, Jacques Gonthier,  Jean Duvaleyn, Jean Desmond fils d’Huguet, Jean  Crubelier aîné, Pierre Lagorse, Pierre Andraud dit Bitard, Girou Lacoutini, Jean Reynaud, Jean Lacombe, Jean Perrot dit Quinque,  Anthoine Bourdichon, Jean Montauriol, Thoni Perrot,(27 )Léonard Fortunel, Sieur Jacques Montayaud, Elie Duvalyn, Léonard Laronze laboureur, le nommé Grangnau , Jean Daubisse dit Marchedroit, la veuve du sieur Sengense en son vivant maitre en chirurgie, Anthoine Bretou ou Valade, Anthonin Falgorin, Pierre Bretou dit Mauricor, Léonard Leymarie,  Jean Gris, Jean Andraud, Jean Desmons dit picher, François Desmaisons sieur de la Taleyrandie, la veuve du sieur Desmaisons, sieur Léonard Bourdichou de Jean Merle, Geoffroi Plazanet,  Pierre Dessales, Jean Pascalet dit mbon, (20) Bernard Pascalet dit poulard, Eymard Desmons, Jean Perrot, Naillaz Ladeuil, David Tibal, Jean Tibal dit rebingou, François Chavigniers, Anthoine Lacoste, Anthoine Laroumagne, Eymard Montauriol, Jean Reynier, Bernard Viragonlu, Louis Tusorne, David Tuverne, Bernard lacoste, Jean Destreguil, Jean Dougnac, Jean  Bourdichou dit Caton, Hugue Thibaud, Joseph Dougnac, Naillas Dougnac, Pierre Brassat sieur Dumeynor, sieur Jérôme de Beaupuy et Jacques Reynaud (24)tous nés français âgés de

Page 2 vingt-cinq ans, compris dans le rôle des impositions de cette paroisse y habitant, composé de 166 feux ; lesquels pour obéir aux ordres de sa majesté, portés par les lettres données à Versailles le 24 janvier de la présente année, pour la convocation des états généraux du royaume et satisfaire aux dispositions du règlement y annexé ainsi qu’à l’ordonnance de monsieur le sénéchal du Périgord et de monsieur son lieutenant général datée du 16 février aussi présente année, dont ils nous ont déclaré avoir eu parfaite connaissance, tant par la lecture qui vient de leur en être faite que par la lecture en publication  cy devant faite au prône de la messe de la paroisse par monsieur le curé d’icelle le 1 er du mois de mars courant et par la lecture et publication en affiches pareillement faites le même jour à l’issue de ladite messe de paroisse, au-devant de la porte principale de l’église, nous ont déclaré qu’ils allaient s’occuper, de la rédaction de leur cahier de doléances, plaintes et remontrances ; en effet y ayant vaqué ils nous ont représenté ledit cahier qui a les signatures desdits habitants qui savent signer  et puis nous l’avons paraphé et coté par la première et dernière page paraphé né varieture ( sans y rien changer) au bas d’icelle.

Et de fait les dits habitants après avoir murement délibéré sur le choix des députés  qu’ils sont tenus de nommer en conformité des dites lettres du roi et règlement y annexé ;  et les voix ayant été par nous recueillies, en la manière accoutumée, la pluralité des suffrages sont réunis en faveur des sieur Dumeynor et Desmaisons qui ont accepté ladite commission et promis de s’en acquitter fidèlement.

La dite nomination des députés ainsi faite les dits habitants ont en notre présence remis aux sieurs Dumeynor et Desmaisons les députés, le cahier afin de la porter à l’assemblée qui se tiendra le onze du présent mois devant Monsieur le lieutenant général de la présente sénéchaussée et leur ont donné tous pouvoirs requis et nécessaires à l’effet de les représenter par l’ordonnance

Susdite de monsieur le sénéchal et lieutenant général, comme aussi de donner pouvoirs généraux et suffisants  de proposer, remonter, aviser  et consentir tout ce qui peut concerner les besoins de l’état, la 

Page 3  réforme des abus, l’établissement en ordre fixe et durable dans toutes les parties de l’administration, la prospérité générale du royaume et le bien de tous et de chacun des sujets de sa majesté.

Et de leur part les dits députés  se sont présentement chargés du cahier des doléances de la paroisse, et ont promis de le porter à ladite assemblée et de se conformer à tout ce qui  en présent est ordonné par les dites lettres du roi, règlement y annexé et ordonnances susdites,  desquelles nominations de députés, remise de cahier,  pouvoirs et déclarations, nous avons, à tous les susdits comparants donné acte  et avons signé  ceux des habitants qui savent signer et aussi les dits députés notre présent procès-verbal ainsi que le duplicata  que nous avons présentement remis  aux députés pour constater leur pouvoir

La minute de ce procès-verbal ayant été déposée au greffe de la présente juridiction  ledit jour et an que dessus.

Page 4

St Geyrac  députés Pierre Brassat du Meynot,  Sieur François  Demaison , 166 feux

Transcription du cahier de doléances

        Cahier de doléances plaintes et remontrances

A n°20  

Page 1 Cahier rédigé par les habitants du tiers état de la paroisse de Saint Geyrat Sénéchaussée de Périgueux. En l’ assemblée convoquée à la messe le présent jour, tenue en conformité des ordres de sa majesté portés par les lettres données à Versailles le 24 janvier de la présente année pour la convocation des Etats généraux en ce royaume, qu’en exécution des dispositions du règlement y annexé, ainsi que de l’ordonnance de Monsieur le grand sénéchal du Périgord datée du 6 février aussi de la présente année, pour ledit cahier, par les sieurs Dumeynor et Desmaisons députés nommés de la part des mêmes habitants, être porté à l’assemblée préliminaire qui sera tenue par monsieur le lieutenant général de ladite sénéchaussée, en la ville de Périgueux le 11 du mois de mars courant.

Commencent les –dits habitants par déclarer que les grandes difficultés qui leur ont été proposées à répondre, étant absolument au-dessus de leur faible portée ; s’ils se sont occupés d’un pareil objet c’est bien plus pour obéir à la loi qui leur en était imposée, que par le téméraire espoir d’avoir le bonheur d’y réussir, puis qu’aussi dépourvus des connaissances nécessaires pour indiquer les moyens de subvenir aux besoins de l’état, qu’ils seraient embarrassés pour contribuer à les remplir, ils ne sauraient conséquemment, par un rapport, se promettre de fournir le moindre des expédients qui leur  sont demandés.

Etablis sur un sol presqu’entièrement disposé en vallées et  collines, rude, pierreuse, en général couvert de bois,

Page 2 pour ces raisons sujet à la ravine, aux inondations, au brouillard et à la gelée, lesdits habitants n’en retirent jamais que de très mauvaises récoltes, qu’il leur faut …pour ainsi dire, arracher des entrailles de la terre, par des travaux sans relâche et d’y labourer sans fin ; Eloignés de tout lieu de commerce, ils n’en ressentent pas une influence, enfin placés entre deux grandes routes  pratiquées de Périgueux à Sarlat, et de Tulle à Bordeaux, après avoir eu la peine d’en construire une grande étendue, il leur rets à présent la charge de les entretenir, souvent suivies de celles des voituriers les équipages des troupes du roi qui depuis plusieurs années ont un passage assigné sur la première.

A tous les désagréments dérivants de la nature du climat se réunissent la prorogation de deux vingtièmes qui auraient dû prendre fin depuis longtemps, avec l’imposition d’une taille qui élevée par degrés d’un taux exorbitant, eu égard aux revenus desdits  habitants, leur devient encore plus onéreux pour les biens de l’église, ………………que d’un privilège de la paroisse, n’y pas participer ; dans une situation si embarrassante, il serait sans doute de toute impossibilité auxdits habitants, non seulement de pouvoir subvenir d’une nouvelle imposition, mais encore s’il n’y était pas pourvu au plutôt de pouvoir continuer à supporter celles auxquelles ils se trouvent maintenant assujettis, étant de notoriété publique, que la cote part est supportée par plusieurs d’entre eux, ou bien les frais qu’ils éprouvent à  défaut d’être en état de l’acquitter aussitôt

 Page 3 quelle est exigée, en cédant souvent le même produit de leur bien,…..les propriétaires sont obligés à en abandonner la culture pour gagner ailleurs leur vie, et leurs femmes et enfants sont réduits à aller mendier leur pain  de manière que par la rigueur des impôts, il reste en friche une partie considérable des terres de cette misérable paroisse, comme toute industrie et toute activité en sont bannies par la même cause.

La misère, les charges accablantes et les dures extrémités pour lesquelles gémissent lesdits habitants ainsi suffisamment exposés ; passons maintenant aux moyens qu’il y aurait à prévoir pour remédier aux besoins de l’état ; quel qu’étranger qui fournit de pareils renseignements  à de pauvres gens de la campagne, tels que lesdits habitants, néanmoins enhardis par la liberté qui leur est donnée de s’expliquer à cet égard, ils représenteront qu’étant de toute justice d’assujettir indistinctement tous les biens du royaume à la charge publique, il parait que si on prenait cette voix que le tiers état ne cessera de réclamer ; sans aggraver la condition des peuples, on se procurerait aisément  un moyen légitime pour les soulager  à l’avenir et en même temps  une ressource assurée pour acquitter présentement les dettes de l’état, en ajoutant cette masse à la taille déjà établie sur le royaume, ou en créant  cette autre imposition que le feu pour en répartir sur tous les fonds qui jusqu’à présent en ont été affranchis.

Page 4 Comme aussi il paraît aux habitants qu’on pourrait encore se procurer, pour être employé aux mêmes besoins, un surcroit de ressources à tous, en rayant d’une main courageuse toutes les pensions qui d’après un examen sévère ne seraient pas trouvées, ou dues à de vrais services  rendus à l’état, qu’en réduisant  à de justes bornes les appointements exclusifs attachés aux grandes places, de même que ceux de ces emplois lucratifs de finance, dont les titulaires ne devraient ressentir. Pas un prince, fils aimant véritablement l’état, puisque les sacrifices auxquels ils  se trouveront exposés tourneront uniquement à son avantage.

Les engagements à remplir pouvant donc être acquittés en peu d’années, au moyen des ressources qui viennent d’être indiquées, auxquelles on pourrait  en joindre encore plusieurs autres, dont la brièveté du temps ne permet pas de faire ici l’énumération, ne s’agirait plus que d’y recourir comme ce fut l’ unique parti que l’état paraisse avoir à prendre pour mettre à même de soulager au plutôt les peuples en supprimant les deux vingtièmes actuellement subsistants, en réduisant par-là, à son état primitif cette sorte d’imposition, qui originairement crée pour des occasions passagères, finissait aussitôt que le besoin pour lequel elle avait été établie, était passé.

Page 5 Mais ce n’est pas tout de diminuer la somme des impositions,  il est encore nécessaire qu’il soit procédé à une nouvelle répartition du taux qui en restera, de même que pourrait  se revoir la perception, sans quoi la majeure partie desdits habitants n’en demeurerait pas moins fort chargée d’impôts, qu’exposée à être éternellement présentée par des exacteurs avides, prenant également dans tous les temps la rentrée des subsides, qui par de promptes remises s’attirent des gratifications qu’il est aujourd’hui d’autant plus important de proscrire, qu’elles sont associées au sang et aux larmes des misérables.

Enfin une des plus grandes obligations de l’état, étant  de pourvoir aux besoins des pauvres, il parait encore qu’on en trouverait une ressource aussi étendue que peu onéreuse en assujettissant tous ceux qui dans suite seraient   pourvus de Bénéfices soumis à la nomination Royale, à donner un sixième du revenu qui leur en reviendrait pour être distribué aux pauvres, en conformité du règlement qui serait fait à leur égard : ce qui n’entraine pas un inconvénient pour le présent ni pour l’avenir, puisque les titulaires actuels n’en souffriront pas, et que ceux qui dans la suite seraient pourvus  de

 Page 6 bénéfices auront d’avance une connaissance de la charge qui y serait imposée : par des mesures  de cette sorte l’on verrait reprendre leur destination  originaire à des biens souvent employés à un luxe et à un faste scandaleux, et l’on pourrait espérer de voir rentrer dans l’église, la candeur et la simplicité des premiers temps, que les grandes richesses n’ont que trop contribué à en sortir

mais  sans entrer dans un  plus long détail sur ce qu’il  pourrait y avoir à faire, afin de pourvoir aux divers besoins….s’agit, ainsi que tout ce qui peut en général intéresser la prospérité du royaume et celle de tout un chacun des sujets de sa majesté ; s’en remettant entièrement tant aux moyens que la haute sagesse du roi lui dictera la dessus qu’à ceux qui pourront lui être suggérés par les lumières de messieurs les députés qui composeront l’assemblée des Etats généraux du royaume ; lesdits habitants se borneront à faire les vœux les plus ardents pour le Bonheur du Roi et l prospérité de l’état dont ils sont unanimement demeuré d’accord, A St Geyrat le 6 mars 1789.

La fête nationale

14 juillet Fête nationale …depuis quand ?

Le 14 juillet 1789 fut commémoré le 14 juillet 1790 par une immense Fête que l’on nomma Fête de la Fédération……puis plus rien!

La République ne s’installa définitivement qu’après Napoléon III. Le 4 septembre 1870 on proclama la IIIème République, mais les républicains ne contrôlèrent toutes les institutions qu’à partir de 1879.

Comment enraciner complètement les institutions républicaines auprès du peuple ? On chercha alors à mettre en place des symboles et des pratiques collectives, une Fête nationale était tout indiquée. Des discussions s’engagèrent à la Chambre et les républicains se tournant vers la Grande Révolution, proposèrent le 14 juillet.

Le 21 mai 1880 le député Benjamin Raspail suivi par 63 de ses confrères déposa une brève proposition de loi : « La République adopte comme jour de Fête nationale la date du 14 juillet ».

Des discussions acharnées agitèrent les députés et les sénateurs…

Quel 14 juillet ?

Celui de 1789 « qui avait mis fin au monde ancien et inauguré un monde nouveau »?

Celui de 1790 qui avait donné « la France moderne « ?

Un amendement proposa le « 4 août » date à laquelle tous les Français étaient « devenus égaux devant la loi et les impôts ». …refusé!

La loi ne précisant pas quel 14 juillet est commémoré chacun y trouva son compte et elle fut promulguée le 6 juillet 1880.

Les discussions agitèrent alors la population et les Conseils Municipaux…certains voulaient un 14 juillet mobile, d’autres le déplacer au dimanche le plus proche, car cette date nuisait aux travaux des champs….bref on voulait un 14 juillet à la carte.

Et chez nous ?

De 1881 à 1900 le Maire de la Commune est Marc de Saleneuve qualifié de « réactionnaire » par les journaux de l’époque.

Voici les extraits des trois délibérations prises en 1881, 1882, 1883 alors que Mr de Saleneuve est maire.

Transcription : « Lettre de Monsieur le Préfet insérée au Recueil des actes administratifs N° 14 dans lequel ce magistrat après avoir rappelé que la loi du 6 juillet 1881 adopte la 14 juillet comme fête nationale engage le Conseil à voter des fonds pour pavoiser et illuminer les édifices communaux.

Le Conseil après avoir délibéré

Considérant que la caisse de la Commune est complètement dépourvue de ressources décide qu’il n’y a pas lieu de donner suite à la communication de Monsieur le Préfet« 

9 juillet 1882

Transcription : «  Mr le Président a ouvert la séance et exposé ce qui suit.

Le Maire donne lecture de la lettre de Mr le Préfet inscrite au recueil des actes de la Préfecture.

Le Conseil après avoir délibéré

Considérant que les ressources de la commune ne peuvent permettre de voter des fonds pour la fête du 14 juillet a le regret de ne pouvoir se conformer aux désirs de Mr le Préfet et compte sur la population pour donner à cette journée le plus de solennité possible« 

24 juin 1883

Transcription : « Mr le Président a ouvert la séance donne lecture de la circulaire de Mr le Préfet à voter des fonds pour la célébration de la fête nationale du 14 juillet.

Le Conseil après en avoir délibéré considérant le manque absolu de ressources a le regret de ne pouvoir voter les fonds demandés par Mr le Préfet « 

On ne saura plus rien sur le 14 juillet à Saint Geyrac……peut-être en a-t-on parlé mais plus de trace dans le registre des délibérations.

De mémoire d’écoliers et d’enseignante, nous assistions chaque année à deux cérémonies : le 11 novembre et le 8 Mai ….

Un article du journal « Le Temps » du 21 août 1889 sur l’ouverture de la session du Conseil général de la Dordogne

A la lecture de cet article on comprend les décisions de Mr de Saleneuve et de son Conseil Municipal à propos du 1 4 Juillet.