Transcription du cahier de doléances

        Cahier de doléances plaintes et remontrances

A n°20  

Page 1 Cahier rédigé par les habitants du tiers état de la paroisse de Saint Geyrat Sénéchaussée de Périgueux. En l’ assemblée convoquée à la messe le présent jour, tenue en conformité des ordres de sa majesté portés par les lettres données à Versailles le 24 janvier de la présente année pour la convocation des Etats généraux en ce royaume, qu’en exécution des dispositions du règlement y annexé, ainsi que de l’ordonnance de Monsieur le grand sénéchal du Périgord datée du 6 février aussi de la présente année, pour ledit cahier, par les sieurs Dumeynor et Desmaisons députés nommés de la part des mêmes habitants, être porté à l’assemblée préliminaire qui sera tenue par monsieur le lieutenant général de ladite sénéchaussée, en la ville de Périgueux le 11 du mois de mars courant.

Commencent les –dits habitants par déclarer que les grandes difficultés qui leur ont été proposées à répondre, étant absolument au-dessus de leur faible portée ; s’ils se sont occupés d’un pareil objet c’est bien plus pour obéir à la loi qui leur en était imposée, que par le téméraire espoir d’avoir le bonheur d’y réussir, puis qu’aussi dépourvus des connaissances nécessaires pour indiquer les moyens de subvenir aux besoins de l’état, qu’ils seraient embarrassés pour contribuer à les remplir, ils ne sauraient conséquemment, par un rapport, se promettre de fournir le moindre des expédients qui leur  sont demandés.

Etablis sur un sol presqu’entièrement disposé en vallées et  collines, rude, pierreuse, en général couvert de bois,

Page 2 pour ces raisons sujet à la ravine, aux inondations, au brouillard et à la gelée, lesdits habitants n’en retirent jamais que de très mauvaises récoltes, qu’il leur faut …pour ainsi dire, arracher des entrailles de la terre, par des travaux sans relâche et d’y labourer sans fin ; Eloignés de tout lieu de commerce, ils n’en ressentent pas une influence, enfin placés entre deux grandes routes  pratiquées de Périgueux à Sarlat, et de Tulle à Bordeaux, après avoir eu la peine d’en construire une grande étendue, il leur rets à présent la charge de les entretenir, souvent suivies de celles des voituriers les équipages des troupes du roi qui depuis plusieurs années ont un passage assigné sur la première.

A tous les désagréments dérivants de la nature du climat se réunissent la prorogation de deux vingtièmes qui auraient dû prendre fin depuis longtemps, avec l’imposition d’une taille qui élevée par degrés d’un taux exorbitant, eu égard aux revenus desdits  habitants, leur devient encore plus onéreux pour les biens de l’église, ………………que d’un privilège de la paroisse, n’y pas participer ; dans une situation si embarrassante, il serait sans doute de toute impossibilité auxdits habitants, non seulement de pouvoir subvenir d’une nouvelle imposition, mais encore s’il n’y était pas pourvu au plutôt de pouvoir continuer à supporter celles auxquelles ils se trouvent maintenant assujettis, étant de notoriété publique, que la cote part est supportée par plusieurs d’entre eux, ou bien les frais qu’ils éprouvent à  défaut d’être en état de l’acquitter aussitôt

 Page 3 quelle est exigée, en cédant souvent le même produit de leur bien,…..les propriétaires sont obligés à en abandonner la culture pour gagner ailleurs leur vie, et leurs femmes et enfants sont réduits à aller mendier leur pain  de manière que par la rigueur des impôts, il reste en friche une partie considérable des terres de cette misérable paroisse, comme toute industrie et toute activité en sont bannies par la même cause.

La misère, les charges accablantes et les dures extrémités pour lesquelles gémissent lesdits habitants ainsi suffisamment exposés ; passons maintenant aux moyens qu’il y aurait à prévoir pour remédier aux besoins de l’état ; quel qu’étranger qui fournit de pareils renseignements  à de pauvres gens de la campagne, tels que lesdits habitants, néanmoins enhardis par la liberté qui leur est donnée de s’expliquer à cet égard, ils représenteront qu’étant de toute justice d’assujettir indistinctement tous les biens du royaume à la charge publique, il parait que si on prenait cette voix que le tiers état ne cessera de réclamer ; sans aggraver la condition des peuples, on se procurerait aisément  un moyen légitime pour les soulager  à l’avenir et en même temps  une ressource assurée pour acquitter présentement les dettes de l’état, en ajoutant cette masse à la taille déjà établie sur le royaume, ou en créant  cette autre imposition que le feu pour en répartir sur tous les fonds qui jusqu’à présent en ont été affranchis.

Page 4 Comme aussi il paraît aux habitants qu’on pourrait encore se procurer, pour être employé aux mêmes besoins, un surcroit de ressources à tous, en rayant d’une main courageuse toutes les pensions qui d’après un examen sévère ne seraient pas trouvées, ou dues à de vrais services  rendus à l’état, qu’en réduisant  à de justes bornes les appointements exclusifs attachés aux grandes places, de même que ceux de ces emplois lucratifs de finance, dont les titulaires ne devraient ressentir. Pas un prince, fils aimant véritablement l’état, puisque les sacrifices auxquels ils  se trouveront exposés tourneront uniquement à son avantage.

Les engagements à remplir pouvant donc être acquittés en peu d’années, au moyen des ressources qui viennent d’être indiquées, auxquelles on pourrait  en joindre encore plusieurs autres, dont la brièveté du temps ne permet pas de faire ici l’énumération, ne s’agirait plus que d’y recourir comme ce fut l’ unique parti que l’état paraisse avoir à prendre pour mettre à même de soulager au plutôt les peuples en supprimant les deux vingtièmes actuellement subsistants, en réduisant par-là, à son état primitif cette sorte d’imposition, qui originairement crée pour des occasions passagères, finissait aussitôt que le besoin pour lequel elle avait été établie, était passé.

Page 5 Mais ce n’est pas tout de diminuer la somme des impositions,  il est encore nécessaire qu’il soit procédé à une nouvelle répartition du taux qui en restera, de même que pourrait  se revoir la perception, sans quoi la majeure partie desdits habitants n’en demeurerait pas moins fort chargée d’impôts, qu’exposée à être éternellement présentée par des exacteurs avides, prenant également dans tous les temps la rentrée des subsides, qui par de promptes remises s’attirent des gratifications qu’il est aujourd’hui d’autant plus important de proscrire, qu’elles sont associées au sang et aux larmes des misérables.

Enfin une des plus grandes obligations de l’état, étant  de pourvoir aux besoins des pauvres, il parait encore qu’on en trouverait une ressource aussi étendue que peu onéreuse en assujettissant tous ceux qui dans suite seraient   pourvus de Bénéfices soumis à la nomination Royale, à donner un sixième du revenu qui leur en reviendrait pour être distribué aux pauvres, en conformité du règlement qui serait fait à leur égard : ce qui n’entraine pas un inconvénient pour le présent ni pour l’avenir, puisque les titulaires actuels n’en souffriront pas, et que ceux qui dans la suite seraient pourvus  de

 Page 6 bénéfices auront d’avance une connaissance de la charge qui y serait imposée : par des mesures  de cette sorte l’on verrait reprendre leur destination  originaire à des biens souvent employés à un luxe et à un faste scandaleux, et l’on pourrait espérer de voir rentrer dans l’église, la candeur et la simplicité des premiers temps, que les grandes richesses n’ont que trop contribué à en sortir

mais  sans entrer dans un  plus long détail sur ce qu’il  pourrait y avoir à faire, afin de pourvoir aux divers besoins….s’agit, ainsi que tout ce qui peut en général intéresser la prospérité du royaume et celle de tout un chacun des sujets de sa majesté ; s’en remettant entièrement tant aux moyens que la haute sagesse du roi lui dictera la dessus qu’à ceux qui pourront lui être suggérés par les lumières de messieurs les députés qui composeront l’assemblée des Etats généraux du royaume ; lesdits habitants se borneront à faire les vœux les plus ardents pour le Bonheur du Roi et l prospérité de l’état dont ils sont unanimement demeuré d’accord, A St Geyrat le 6 mars 1789.

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