De Périgueux le 16 mars 1789, à Versailles ….

Image mise en avant : « Le serment du jeu de Paume », 20 juin 1789-Plume, encre, lavis, crayon sur papier de Jacques-Louis David ,1791- Château de Versailles.

Nos deux délégués ainsi que ceux des autres paroisses  de la sénéchaussée devaient rejoindre Périgueux pour condenser tous les cahiers en un seul le 11 mars. La sénéchaussée de Bergerac le fit le 9 mars, celle de Sarlat le 10.

Le cahier unique n’a pas gardé  l’authenticité du cahier des paroisses. On élit aussi des « électeurs »,1/4  des membres, qui iront à Périgueux assister aux états généraux du Périgord du 16 au 25 mars 1789, qui se tiendront dans la cathédrale Saint-Front.

En même temps que le Tiers Etat, la Noblesse et le clergé établissaient chacun leur cahier de doléances.

Les nobles contestaient la forme «  autoritaire » de la convocation des Etats généraux et surtout le doublement du Tiers Etat décidé par Louis XVI. Ils admettaient une réforme de l’impôt mais le maintien des autres privilèges était clamé haut et fort. En fait la noblesse périgourdine n’était prête à céder que sur le plan fiscal.

C’est dans la cathédrale Saint Front que s’ouvrit le 16 mars l’Assemblée générale des trois ordres, présidée par le Grand Sénéchal gouverneur de la Province du Périgord, le marquis de Verteillac.

Après avoir entendu la messe, « chaque ordre se plaça selon son rang : le Clergé à droite, la Noblesse à gauche, le Tiers Etat  en face du Grand Sénéchal ».

860 étaient présents dont : 380 du Tiers Etat, 240 du Clergé porteurs de 620 procurations, 240 de la Noblesse porteurs de 280 procurations.

Rapidement, le lendemain 17 mars,  les trois ordres se séparèrent n’ayant pu s’entendre pour rédiger 1 seul cahier pour chaque ordre.

Le Tiers Etat se rendit à l’église Saint-Silain (actuellement le Coderc) au centre de la ville, et qui sera  démolie en 1793.

La noblesse se rendit à l’église du  couvent des Augustins. Ce couvent  fondé en 1615 se trouvait à l’endroit du Musée du Périgord actuel.

Le Clergé resta à la Cathédrale.

Dans son coin, chaque ordre rédigea un seul cahier et on passa à l’élection des députés :

Les 4 députés du Tiers Etat

Fournier de  La Charmie, Lieutenant-criminel du Périgord /Jean Baptiste Loys, avocat

Guillaume Gonthier de Biran, Lieutenant général de Bergerac / Paulhia de la Sauvetat, avocat

Les 2 députés du Clergé

Laporte, curé de Saint Martial d’Hautefort / Delfau, Archiprêtre de Daglan

Le Clergé s’octroya le droit de nommer un suppléant : Prunis.

Les 2 députés de la Noblesse

Comte de La Roque Mons, lieutenant général des armées du Roi

Marquis Foucauld de Lardimalie, capitaine au régiment des chasseurs de Hainaut (Saint Pierre de Chignac)

La Noblesse fit comme le Clergé et nomma un suppléant : le Marquis de Verteillac. Il ne restait plus qu’à se retrouver à nouveau dans la Cathédrale pour prêter serment. Ce fut fait le 25 mars, à trois heures de l’après-midi. Chaque ordre reprit sa place devant le grand sénéchal  et désigna un orateur pour prononcer un discours. Tous sauf Gontier de Biran appelé à Bergerac pour « des affaires pressentes » prêtèrent le  serment de s’acquitter fidèlement de leur mandat. Gontier de Biran prêta serment le 16 avril suivant devant Fournier de La Charmie.

Versailles le 5 mai 1789

C’est ainsi que le 5 mai 1789 nos députés rejoignirent la salle des Menus plaisirs à Versailles. Ils se mêlèrent  aux 1317 députés ainsi répartis ; Noblesse =330, Clergé= 326, Tiers-Etat= 661

Le vote

Par ordre

Chaque ordre possède 1 voix…les Nobles et le Clergé  faisant alliance le Tiers Etat ne peut rien.

Par tête ?

La première revendication de Tiers Etat est le  vote par tête.

Noblesses  et Clergé = 656

Tiers-Etat =661

La Révolution est en marche…..

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Préparation des Etats généraux à Saint Geyrac

Image mise en avant : cahier de doléances de Saint Geyrac

Pour plus de renseignements cliquez sur les liens en bleu ci-dessous.

Entre le 1 et le 10 mars 1789, les paroisses vont rédiger leur cahier de doléances et élire leurs délégués. Ces cahiers pas plus que les délégués n’iront à Versailles mais à l’assemblée du Tiers Etat de la Sénéchaussée secondaire à Périgueux.

            Henri Maurit notre curé,  fut chargé de lire au prône de la messe et d’afficher « au devant de la porte principale de l’église », la convocation du Roi  et celle du Sénéchal du Périgord. Le gouvernement le chargea de faire la leçon aux paysans. Il reçut des instructions : « Le peuple dans les campagnes surtout, n’est guère en état de comprendre, par une lecture rapide, les avantages qui peuvent résulter pour lui de la tenue des Etats Généraux, ni de connaître ce qu’il doit faire pour que cette grande assemblée opère réellement tout le bien possible. Je suis persuadé Monsieur le Curé que vous voudrez bien le lui expliquer. » Elles se terminaient ainsi « Comme plusieurs paroisses pourraient être embarrassées pour dresser les cahiers  de leurs instructions ou doléances, je vous en fais passer, Monsieur, un projet que vous voudrez bien communiquer au syndic de votre paroisse. »

            Ce modèle suggérait un plan adopté partout fourni par le juge de la juridiction (Marc Martini Sieur de Lagoufenie) ; description des maux dont souffre la paroisse puis remèdes à y apporter.

A Saint Geyrac le cahier fut élaboré le 6 mars 1789

Deux parties composent ce document / AD microfilm 6C12

Le Procès verbal, document juridique garantissant la validité des élections, et toujours la signature des présents quand ils savent signer. Voir la transcription.

Puis vient le cahier proprement dit contenant les doléances. Voir la transcription

Saint Geyrac en 1789… que peut-on savoir en lisant ces cahiers de doléances ?

La paroisse compte 166 feux soit 664 habitants environ.

Qui vote ?

Il faut être né français, âgé de 25 ans, compris dans le rôle des impositions, habiter Saint Geyrac.

La liste des participants :

69 hommes et 2 femmes

Le curé n’est pas mentionné mais il a fait un travail en amont.

Lieu de la réunion

Le presbytère

Les métiers de quelques participants

Sonneur de cloches  1

Tisserand  1

Laboureur  2 (celui qui possède les animaux et le matériel de labour, l’agriculteur d’aujourd’hui)

Journalier  1 (celui qui se loue de manière temporaire)

Maître en chirurgie 1

Les « chaffres » ou surnoms

Indispensables car les prénoms choisis ne sont pas variés, ce sont ceux des parrains et marraines, frères ou sœurs

Pierre  Delage dit Fayoulet-Pierre Boudit dit Marguissou-Pierre Andraud dit Bitard

Léonard Laronze dit Grangnau-Jean Perrot dit Quinque-Jean Daubisse dit Marchedroit

Antoine Bretou dit Valade-Pierre Bretou dit Mauricor-Jean Desmons dit Picher

Jean Pascalet dit  « mbon »-Bernard Pascalet dit Poulard-Jean Tibal dit Rebingou

Jean Bourdichou dit Caton

Des précisions

Jean Desmons fils d’Huguet

Jean Crubelier aîné

Le nommé Grangnau (on  ne connaît pas le prénom)

La veuve du sieur Sengense en son vivant Maître chirurgien

Léonard Bourdichou de Jean Merle

Les  femmes qui paient des impôts

La veuve du Sieur Desmaison

La veuve du Sieur Sengense

Le titre de Sieur

 Le simple « Sieur »indique une profession intermédiaire -souvent aussi une terre et vous donne l’air d’un notable

Marc Martini, Sieur de Lagoufinie, juge de Paix de notre juridiction

Les notables habitant la Paroisse

La Taleyrandie : François Desmaisons de la Taleyrandie . Il vit avec sa mère veuve.

La Grêlerie : Pierre Brassat Meynor  ou Brassat Dumeynor ou Meynot

Jacques Montayaud

Qui sont les délégués ?

Les notables rentiers : Pierre Brassat sieur du Meynor et François Desmaisons sieur de la Taleyrandie

On y trouve une description de la paroisse 

 « établie sur un sol presque entièrement disposé en vallées ,en collines rudes, pierreuses, en général couvertes de bois et pour ces raisons sujet à la ravine, aux inondations, au brouillard et aux gelées, lesdits habitants ne retirent jamais que de très médiocres récoltes qu’il leur faut arracher des entrailles de la terre par des travaux sans relâche et des peines sans fin. Eloignés de tout lieu de commerce, ils n’en ressentent pas une influence. Enfin placés entre deux grandes routes pratiquées de Périgueux à Sarlat et de Tulle à Bordeaux, après avoir eu la peine de construire une grande étendue, il leur reste à présent la charge de les entretenir souvent suivie de celle des voitures, des équipages, des troupes du roi qui depuis plusieurs années ont un passage assigné sur la première. A tous les désagréments dérivant de la nature du climat « se réunissent la prorogation de deux vingtièmes qui auraient dû prendre fin depuis longtemps avec l’imposition d’une taille  qui élevée par degrés d’un taux « exhorbité » eu égard aux revenus desdits habitants ».

Les impôts sont écrasants et on ne peut plus s’en sortir !!!

Les maigres revenus, « la rigueur des impôts font que les femmes et les enfants en sont réduits à aller mendier leur pain . Il reste en friche une partie considérable des terres……..les industries et toutes activités y sont bannies ».

Bref  la paroisse est misérable.

Les habitants émettent des souhaits

 « Enhardis par la liberté qui leur est donnée de s’expliquer à cet égard »

  • assujettir tous les biens du royaume à la charge publique
  • rayer d’une main courageuse toutes les pensions qui d’après examen ne seraient pas trouvées d’être vraies services rendus à l’état
  •  réduire à de justes bornes les appointements attachés à de grandes places de même que ceux des emplois lucratifs de finances.
  • Enfin une des plus grandes obligations de l’état étant de pourvoir aux besoins des pauvres, il leur paraît encore qu’on trouverait une ressource aussi étendue que peu onéreuse en assujettissant  tous ceux qui dans la suite seraient pourvus de bienfaits, à donner une partie  des revenus qui leur reviendraient pour être distribués aux pauvres ».  
  • Le manque de temps ne leur permet pas, disent ils, d’entrer dans les détails, mais, « il est aujourd’hui d’autant plus important de proscrire remises et gratifications qu’elles sont arrosées du sang et des larmes des misérables »

Ont signé

Il est écrit en toutes lettres : « ceux des habitants  qui savaient » -8 personnes.

Brassat du Meynot   -Desmaison-Lasserre- Fortis- Boudy- Andraud- Daubisse- Reynaud

Notre département

Image mise en avant : Département de la Dordogne décrété par l’Assemblée Nationale-Atlas national de France – AD

Dès l’automne 1789 l’assemblée comprend la nécessité d’un cadre administratif unique.

On découpe le territoire

Le terme département ne pose pas de problème mais on hésite…diviser mathématiquement le territoire en 80 carrés d’égale surface, plus Paris, ou garder la subdivision existante …On retient la dernière proposition…et le 15 janvier 1790, l’Assemblée décrète la division de la France en 83 départements.

Il comprend la presque totalité du Périgord (786,048 ha), une portion de l’Agenais (99,250 ha), une partie du Limousin (25,858 ha) et de l’Angoumois (30,250 ha).

Et le nom ? Pas de symboles de l’ancien régime, pas le nom du chef-lieu, pas de numérotation…

Notre nouveau département prend le nom de département du Périgord le 26 janvier 1790 mais des contestations surviennent et les députés du Périgord choisissent le nom de la plus grande rivière de la région. Il devient département de la Dordogne le 26 février suivant. Au début il compte  9 districts : Périgueux, Sarlat, Bergerac, Excideuil,  Nontron, Montignac, Belvès, Mussidan ou Montpon, Ribérac  divisés en 72 cantons divisés à leur tour en 41 000 communes. Le chef-lieu du département doit être accessible de ses quatre coins en moins d’une journée de cheval : ce sera Périgueux.

En l’an III, sous le Consulat, les districts deviennent des arrondissements limités à 5 : Périgueux, Sarlat, Bergerac, Nontron, Ribérac et les cantons réduits à 47.

L’arrondissement de Ribérac sera supprimé en 1926.

Carte du département de la Dordogne an II -Archives de la Dordogne

On administre le territoire

Voici quelques articles du décret du 22 décembre 1789

«5 : Il sera établi au chef-lieu du département une assemblée administrative supérieure sous le titre d’administration du département

6 : Il sera établi au chef-lieu de chaque district une assemblée inférieure sous le titre d’administration du district.

7 : Il y aura une municipalité en chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne.»

Communes

Image mise en avant : Fête au village de Pieter Bruegel le jeune (1564-1638)

Pour plus de renseignements cliquez sur les liens en bleu ci-dessous.

Communauté et paroisse deviennent  la Commune.

Pour le territoire : on conserve approximativement la délimitation des paroisses , quand elles sont trop petites on les regroupe .

Pour l’administration : Comme il n’y a pas pas d’institutions municipales propres pour les paroisses, seulement une assemblée générale de la communauté sous l’égide du seigneur avec une autonomie des plus réduites, on crée une administration toute nouvelle .

Le décret du 22 décembre 1789 « établit une municipalité (il faut comprendre un Maire et ses adjoints seulement) en chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne »

Le droit de vote est réservé aux « citoyens actifs » : être âgés de 25 ans et payer un impôt égal à la valeur de dix journées de travail. Il est refusé aux « citoyens passifs » démunis de propriété et de ressources.

Les citoyens actifs élisent pour 2 ans « le conseil général de la Commune » formé de notables élus et de la « municipalité » dès le mois de février 1790.

Très vite « l’assemblée constituante » encourage des regroupements, car certaines Communes sont trop peu peuplées pour avoir « des officiers éclairés pour faire les fonctions de leurs charges ».

Chaque commune reçoit « un agent » et un adjoint.

Le consulat de 1799 au 2 décembre 1804

« Dans les villes, bourgs et autres lieux pour lesquels il y a maintenant un agent municipal et un adjoint et dont la population n’excède pas 2 500 âmes il y aura un Maire et un adjoint. Les Préfets nommeront et pourront suspendre les conseillers municipaux ; ils nommeront et pourront suspendre les Maires et les adjoints dans les villes dont la population est au-dessous de 5 000 âmes. Les membres des conseils municipaux seront nommés pour 3 ans. Ils pourront être continués »

Le 17 ventôse an VIII (8 mars 1800) on précise que « dès que les sous-préfets auront prêté le serment de fidélité » prescrit par la loi, les préfets notifieront aux administrations municipales (celles formées sous la loi de 1795) de cesser leur fonction.

Territoire de la commune de Saint Geyrac

Administration de la commune de Saint Geyrac

La Nation souveraine

Image mise en avant : Département de la Dordogne décrété par l’Assemblée Nationale-Atlas national de France – AD

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Le Roi de droit divin exerçait un pouvoir absolu sur ses sujets.

La Révolution transforme la monarchie absolue en monarchie parlementaire puis en République.

Après la Révolution les sujets deviennent des citoyens, ils élisent une assemblée nationale qui rédigera une constitution afin d’organiser le gouvernement du pays.

Les soldats de métier du Roi sont remplacés par des citoyens-soldats soumis à la conscription.  Ils ont la charge de défendre la Patrie.

Le peuple vote !  Plusieurs tentatives pour instaurer le suffrage universel aboutiront au suffrage censitaire.  On exclut de la vie politique les plus pauvres et les femmes !

L’Assemblée nationale décide de réorganiser l’état, avec des procédures administratives unifiées et le redécoupage du territoire en départements et communes.