Les modes de déplacement années 40

Mle Henriette Deschamps remplaçait M. Paris, instituteur à Saint-Geyrac, mobilisé en septembre 1939 puis prisonnier de guerre en Allemagne. Elle venait à pied à l’école de Saint-Geyrac tous les jours depuis la Morandie (commune de Saint-Pierre de Chignac) où elle résidait (témoignage de Mme Bertine Guine). La marche à pied était alors davantage pratiquée qu’aujourd’hui !

Le vélo aussi !

Pour fêter la fin de l’année scolaire 1943-1944, l’instituteur, M. Cousty, organise un pique-nique avec les écoliers de fin d’étude. On reconnaît, de gauche à droite: Bertine Andrieux, Ginette Sarrette, Albert Garrigue, Jean Beaupuy, Gérard Guine, Maurice Caley (mort le 16 août 1944 d’un accident avec une bombe), Janot Bord.

Photo privée 1944

Le 7 février 1940, le conseil municipal et le maire, M. Plazanet, s’alarmaient de l’absence du maréchal ferrant à Saint-Geyrac. Mobilisé, ce dernier ne pouvait plus assurer le ferrage des chevaux et boeufs de trait, indispensables pour les travaux agricoles.

Devant sa boulangerie, M. Elie Reynet et sa famille, le boulanger de Saint-Geyrac dans les années 20

L’attelage ci-dessous, reconstitué lors de la fête des battages en 2013 à Saint-Geyrac, n’était pas une image du passé pendant la guerre.

Dans le même temps, des moyens de déplacement plus modernes se développent progressivement, non sans problèmes.

Par décision administrative, l’autobus de la ligne Montignac- Périgueux ne fait plus escale dans le bourg de Saint-Geyrac. L’itinéraire a été modifié; l’autobus fait dorénavant escale à la gare de la Gélie. Le conseil municipal réagit très vivement. Voici un extrait du compte-rendu du conseil municipal du 8 décembre 1939.

Pour consulter le document manuscrit original, cliquer ici.

Trois mois plus tard, aucune réponse n’est parvenue à la mairie de Saint-Geyrac. A nouveau, le conseil municipal renouvelle sa demande de maintien de la ligne d’autobus Montignac-Périgueux via le bourg de Saint-Geyrac. Cliquer ici pour lire un extrait du compte-rendu transcrit du conseil municipal du 24 mars 1940; cliquer ici pour consulter le texte manuscrit original.

Le 10 mai 1940, l’armée allemande attaque; un mois plus tard, l’armée française est défaite. C’est la fin de la IIIe république; Pétain s’octroie les pleins pouvoirs. Il n’est plus question pour le conseil municipal de Saint-Geyrac de protester.

La gare de la Gélie est située sur la commune de La Douze, en limite avec Saint-Geyrac. Centre d’activités économiques, elle a été aussi un moyen de déplacement apprécié, en particulier vers la Préfecture c’est à dire vers Périgueux. Josette Galinat a réalisé un dossier très intéressant sur cette gare: cliquer ici.

Traction Citroën 1940

Pendant la guerre, les véhicules automobiles sont peu nombreux à Saint-Geyrac. Ils sont recensés et leur circulation est encadrée, contrôlée, règlementée. Cliquer ici pour consulter une autorisation de circuler, avec les consignes strictes qui s’y rattachent. Ci-dessous, une transcription de certaines de ces recommandations.

Des bons de sortie « omnibus » sont délivrés; ils doivent être motivés par écrit : cliquer ici.

Commentaire par J.Duvaleix:

Pourquoi autant de formalités administratives contraignantes pour se déplacer?

  • la pénurie d’essence est l’explication officielle;
  • en ce début d’année 1944, les actions armées de la Résistance se multiplient. Pour s’y opposer, les autorités de Vichy mettent en place un contrôle bureaucratique de la circulation.
  • le terme générique OMNIBUS (entre guillemets) regroupe en fait les automobiles, les autobus et pourquoi pas les véhicules hippomobiles. De fait, tout déplacement est suspect.

Elections municipales de 1945

Photo mise en avant: AFP photo tirée de l’article de l’Humanité du 24 avril 2014

Après la défaite militaire de la France en juin 1940, Pétain obtient les pleins pouvoirs et suspend la IIIe république. Dès novembre 1940, il prend des mesures pour contrôler les municipalités. « Les communes de moins de 2000 habitants, si nombreuses en Dordogne, conservent leurs maires et leurs conseils, mais ceux-ci deviennent révocables au moindre écart d’obéissance» 1 .

Le régime de Vichy s’écroule le 18 août 1944. Le GPRF3 , qui remplace le CFLN2, s’installe à Paris dès le 26 août et prépare de nouvelles institutions. C’est ainsi que des élections municipales provisoires sont organisées pour cette période de transition. Il s’agit aussi de remplacer tous les élus qui se sont compromis dans la collaboration.

note 1 : information tirée de l’ouvrage collectif La Dordogne dans la seconde guerre mondiale sous la direction d’Anne-Marie Cocula et de Bernard Lachaise, Editions Fanlac

note2 : Comité Français de Libération Nationale, créé le 3 juin 1943, représente l’ensemble des forces françaises combattant l’Allemagne nazie. Il est installé à Alger et il est présidé par le général Giraud et par le général de Gaulle.

note3 : Gouvernement Provisoire de la République Française, succède au CFLN le 3 juin 1944. Il est présidé par le Général de Gaulle. Il est installé à Alger, puis à Paris le 31 août 1944 après sa libération le 25 août.

Les élus municipaux pendant la guerre ont été élus en 1935 et maintenus en 1940 avec les réserves évoquées plus haut. Voici le tableau de ces élus:

Extrait d’un compte-rendu de Conseil Municipal de Saint-Geyrac (J.Galinat)

Elections municipales des 29 avril et 13 mai 1945

D’après la loi du 5 avril 1884, les conseils municipaux comprennent 10 membres lorsque la population de la commune est inférieure à 500 habitants ; c’est le cas de Saint-Geyrac en 1945 (432 habitants recensés en 1942, 375 en 1946).

Grande avancée démocratique: dans une ordonnance prise par le CFLN le 21 avril 1944 à Alger, les femmes ont dorénavant le droit de vote et d’éligibilité. Le CFLN (Comité Français de Libération Nationale), est dirigé alors par le Général de Gaulle.

Les femmes de Saint-Geyrac votent pour la première fois

A Saint-Geyrac, 269 électrices et électeurs sont appelés aux urnes; cependant, les prisonniers de guerre et les déportés ne sont pas tous rentrés à cette date.

Dès le premier tour, 10 conseillers municipaux sont élus (il n’y a donc pas de deuxième tour) :

BONNET Albert45 anscultivateurla Coquellerie
BORD Louis45 ansentrepreneur de maçonneriele bourg
CALEY Henri46 anscultivateurLeyssioutet
DUVALEIX Henri51 anscultivateurLeyssioutet
LAMEGIE Auguste51 anscultivateurla Basse-Fosse
PAGES Ferdinand50 anscultivateurLauzelie
PLAZANET Louis72 anssans professionla Haute-Fosse
REYNET Gaston37 anscultivateurLarue
RENAUDIE Théophile57 anscultivateur † 29 février 1947Sardin
SARRETTE Henri28 ansboucherla Badoulie

Lors du conseil municipal du 13 mai 1945, les conseillers élisent le maire : M. Renaudie Théophile et son adjoint :  M. Bord Louis

compte-rendu du 13 mai 1945 : élections du maire et de l’adjoint

(cliquer sur le texte manuscrit pour lire sa transcription)

Une démission

M. Plazanet, maire de Saint-Geyrac depuis 1932 , n’a pas été réélu maire en 1945; battu, il décide de démissionner en juin de la même année.

Compte rendu du 3 juin 1945

(cliquer sur le texte manuscrit pour lire sa transcription)

Décès du Maire

Théophile Renaudie, élu maire en 1945, décède le 29 février 1947. A sa place, Louis Bord est élu maire de Saint-Geyrac par le conseil municipal.

compte rendu du 28 juin 1947

(cliquer sur le texte manuscrit pour lire sa transcription)

L’après-guerre

Photo mise en avant: tirée du site « Fondation Charles de Gaulle »

En 1944, l’action militaire des Alliés à l’ouest, comme celle de l’URSS à l’est, amorce le reflux de l’armée allemande. La Résistance intérieure y contribue fortement: Périgueux et ses environs sont libérés le 19 août 1944.

Le régime de Vichy, L’Etat Français, s’écroule le 18 août 1944; ses dirigeants fuient, Pétain le premier. Paris est libérée le 24 août 1944. Ce n’est pas la fin des restrictions, de la pénurie alimentaire, du marché noir, des difficultés matérielles pour la population. L’épuration sauvage sévit et des personnes accusées de collaboration avec l’ennemi sont exécutées sans procès. La guerre n’est pas terminée et les prisonniers de guerre ne sont pas tous rentrés au pays. Qui dirige alors le pays? Est-ce le retour à la IIIe république?

Le CFLN (Comité français de la libération nationale), instance politique provisoire installée à Alger et chargée de préparer le retour à la République sort une ordonnance fondatrice le 21 avril 1944 :

article 17: « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes« .

Remplacer les responsables politiques compromis dans la collaboration avec l’ennemi et le retour à une vie démocratique rendent nécessaire l’organisation rapide d’élections municipales. Elles ont lieu, le 1e tour le 29 avril 1945, le 2e tour le 13 mai 1945 ( rappel : l’Allemagne nazie capitule le 8 mai 1945). Qui a été élu maire de Saint-Geyrac ? Pour le savoir, cliquer ici.

Non sans difficultés, non sans querelles politiques, une nouvelle constitution est approuvée par référendum le 13 octobre 1946 : c’est le début de la IVe république. Dans ce cadre, de nouvelles élections municipales sont nécessaires: elles se déroulent les 19 et 26 septembre 1947. Y a t-il des changements à Saint-Geyrac. Pour le savoir, cliquer ici.

Durant les années 30 et 40, les nombres d’élus dans les conseils municipaux successifs ont changé. Pourquoi? Pour avoir une réponse, cliquer ici.

Elections municipales de 1947

Image mise en avant : Conseil municipal 1971 Photo J Galinat. A gauche de la photo : Gaston Reynet A droite de la photo : Robert Théodore

La constitution de la IVe république a été adoptée le 13 octobre 1946. Dans ce cadre, de nouvelles élections municipales sont prévues les 19 et 26 octobre 1947. Au 31 mars 1947, 245 électrices et électeurs sont inscrits sur les listes électorales:

11 conseillers municipaux sont à élire. 2 listes se présentent à Saint-Geyrac au suffrage des électeurs.

Les deux listes en présence le 19 octobre 1947

Un profond renouvellement marque ces élections. Les femmes ont obtenu le droit d’éligibilité en 1944, mais ne sont pas très nombreuses sur les 2 listes. L’égalité hommes-femmes n’est pas encore entrée dans les mœurs à Saint-Geyrac. Cela a beaucoup changé depuis, n’est-ce pas? Voici les résultats :

Monsieur Louis Bord a été élu maire de la commune de Saint-Geyrac avec comme adjoint Monsieur Robert Théodore.

Photos J Galinat 1971

Références et BIBLIOGRAPHIE :

  Histoire du Périgord  d’Anne-Marie Cocula-Vaillières   Editions Jean-Paul Gisserot 2019

2   La Dordogne dans la Second Guerre mondiale  sous la direction d’Anne-Marie Cocula et de Bernard Lachaise   Editions Fanlac 2020

Rouffignac, village martyrisé

Photo mise en avant: : Rouffignac incendié par les allemands le 31 mars 1944 – Photo de Louis Delmarès

Début 1944, à l’initiative d’ Hitler, l’armée allemande crée des divisions militaires ayant pour missions :

  • Réduire, par tous les moyens, toute résistance à l’occupation ;
  • Traquer et déporter les juifs ;
  • Effrayer la population pour couper ses liens avec la Résistance.

Ainsi, fut créée la division Brehmer au début de l’année 1944. A la recherche de résistants, très actifs dans le secteur, elle arrive à Rouffignac le 31 mars 1944. Les militaires de la division pillent les habitations et y mettent le feu à la nuit venue. Cet incendie est visible depuis les hauteurs de Saint-Geyrac.

105 maisons sont détruites; 4 gendarmes sont arrêtés puis déportés. Ils mourront en déportation.

64 otages sont emmenés ; à Azerat, un otage est tué parce que juif : Pierre Khantine, 29 ans, résistant depuis 1942. L’école de Rouffignac porte aujourd’hui son nom. Un autre otage est tué en tentant de fuir.

La commune de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, par un décret du 10 décembre 1948, est décorée de la Croix de Guerre avec palme de bronze, comme 18 autres communes du département.

BIBLIOGRAPHIE

On peut consulter l’album: Rouffignac St Cernin de Reilhac 1860- 1960; Cartes postales- Photographies Ouvrage conçu par l’association Mémoire et Patrimoine de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac 2015

Un peu de pub pour un ouvrage paru en 2021, sur la résistance et la réponse barbare des nazis: Les Merles, 28 avril 1944  Enquête sur une expédition meurtrière pendant l’occupation allemande dans un village du Nord-Dordogne  Editions de l’Ilot